Le premier son que l'on entend dans un dojo de kendo n'est presque jamais le shinai. C'est le plancher : un claquement sec et plat, celui des pieds nus qui se posent à l'unisson. Ce bruit explique pourquoi le déplacement kendo décide de tout. Votre frappe ne vaut que ce que vaut le corps qui la porte, et en kendo (剣道), le shinai (竹刀, sabre de bambou) arrive avec le pied gauche, pas avec les bras. Les débutants passent leurs premiers mois sur l'ashi sabaki (le travail des pieds) pour une raison simple : la distance, le timing et l'équilibre vivent dans les jambes. Apprenez à glisser, à pousser sur la jambe arrière et à poser un fumikomi net, et vos coupes cessent de ressembler à des moulinets.

En bref :

  • Le travail de pieds en kendo est un glissé : talons à peine décollés, poids vers l'avant, talon gauche armé comme un ressort.
  • Okuri ashi est le déplacement de base. Le pied arrière ne croise jamais le pied avant : on avance par le droit, on recule par le gauche.
  • Le fumikomi est une frappe du pied à plat, propulsée par la jambe gauche, synchronisée avec la coupe et le kiai, jamais un coup de talon pour faire du bruit.
  • Un hakama à la bonne longueur et des tabi propres vous laissent sentir le sol et laissent les juges voir vos pieds. L'équipement fait partie de l'entraînement.

Pourquoi le déplacement kendo décide de toute la frappe

Le kendo est un budō moderne issu du kenjutsu, les techniques de sabre des samouraïs. Il a été codifié autour d'une armure (bōgu) et d'un shinai pour que les frappes à pleine vitesse restent sans danger. Ses règles récompensent le corps qui bouge d'un seul bloc. C'est pour cela qu'un débutant aux bras solides et aux pieds paresseux ne marque rien.

Le kendo, une voie du sabre avant d'être un sport

Les kanji le disent clairement : 剣 (ken, le sabre) et 道 (dō, la voie). Le kendo a conservé l'étiquette, les postures et la logique de distance des anciennes écoles de sabre, puis a ajouté des règles de compétition au XXe siècle sous l'égide de la Fédération japonaise de kendo. Le shinai est traité comme une lame. Or on ne gifle pas avec une lame. Il faut la porter dans la cible avec les hanches et les jambes, et c'est exactement ce que le travail de pieds construit.

Ki ken tai ichi : comment les pieds valident un point

Un point valable en kendo s'appelle yūkō datotsu. Il exige le ki ken tai ichi : l'esprit, le sabre et le corps qui arrivent ensemble. Concrètement, votre kiai, votre shinai et votre pied droit doivent se poser dans le même instant. Si le pied arrive une fraction de seconde trop tard, les juges voient une frappe cassée et les drapeaux restent baissés. Ce sont vos pieds que les arbitres lisent.

Les erreurs des premiers mois

Trois habitudes reviennent sans cesse. Le débutant lève les genoux et marche au lieu de glisser. Il pousse avec la jambe avant au lieu de propulser depuis la jambe arrière. Il termine sa coupe avec le pied gauche resté en arrière, le corps étiré, incapable d'enchaîner. Aucun de ces défauts n'est un problème de force. Ce sont des schémas moteurs, et les schémas se corrigent par une répétition lente, presque ennuyeuse.

Chudan no kamae : la position de pieds d'où tout part

Chaque déplacement que vous apprendrez commence et finit en chudan no kamae, la garde médiane, pointe du shinai dirigée vers la gorge de l'adversaire. Si la garde est fausse, le déplacement hérite du défaut. Corriger vos pieds en kamae reste les dix minutes les plus rentables que vous puissiez passer seul chez vous.

Pied droit devant, talon gauche levé : la posture de référence

Tenez-vous naturellement. Avancez le pied droit de façon que les orteils du pied gauche arrivent à peu près au niveau du talon droit. Gardez environ une largeur de poing entre les deux pieds sur le côté, pour ne pas marcher sur un fil. Les deux pieds pointent vers l'avant. Le talon gauche se décolle du sol de l'épaisseur d'une feuille de papier, pas plus. Un talon gauche haut paraît dynamique et se révèle lent.

Répartition du poids et jambe gauche armée

Environ soixante pour cent du poids repose sur le pied avant, quarante sur l'arrière, la jambe gauche tendue sans être verrouillée. Cette jambe arrière est votre moteur : un ressort comprimé qui attend d'être libéré, pas une béquille. Les genoux restent souples, les hanches font face, les épaules descendent.

Contrôler sa garde le long d'un mur ou d'une ligne au sol

Servez-vous d'une lame de parquet, d'un joint de carrelage ou d'une bande de ruban de masquage comme ligne de référence. Placez les deux pieds dessus et vérifiez trois choses : orteils vers l'avant, une largeur de poing d'écart, talon gauche à peine levé. Glissez ensuite d'avant en arrière le long de la ligne. Si votre tête monte et descend, vos genoux se lèvent. Trente secondes de vidéo filmées au ras du sol vous apprendront plus qu'une heure de suppositions.

Homme en hakama noir tenant la position de pieds chudan sur le sol d'un dojo à domicile
Gardez le talon gauche à quelques millimètres du sol : c'est de là que vient la poussée.

Suri ashi, okuri ashi, tsugi ashi : les cinq formes d'ashi sabaki

Le kendo utilise un vocabulaire de déplacements réduit et fermé. Apprenez les cinq formes et vous couvrez presque tout ce que vous ferez en jigeiko (combat libre) et en shiai (compétition). Le fil rouge reste le suri ashi, cette qualité de glissé où la plante du pied frôle le sol au lieu de le quitter.

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Nom Mouvement Usage courant Erreur fréquente du débutant
Suri ashi Glisser la plante des pieds au sol, sans lever La qualité de base de tous les autres déplacements Lever les genoux et marcher
Okuri ashi Le pied directeur part en premier, l'autre suit sans jamais croiser Avancées et reculs courts, l'essentiel du jigeiko Laisser le pied gauche arriver à côté ou devant le droit
Tsugi ashi Le pied gauche se rapproche du droit, puis grand pas en avant Combler une distance inhabituellement longue avant d'attaquer Annoncer l'attaque en rapprochant le pied trop visiblement
Ayumi ashi Marche alternée ordinaire, gardée basse et glissée Longs déplacements, kata, certaines attaques de loin L'utiliser au corps à corps, où elle expose le corps
Hiraki ashi Pas d'ouverture en diagonale ou latéral avec rotation du corps Esquive, contres de type debana ou kaeshi Tourner les épaules sans déplacer les pieds

Suri ashi, la base glissée de chaque pas

Suri ashi (摺り足) signifie pied glissé. La plante ne quitte jamais complètement le sol, ce qui garde votre centre de gravité à plat et la pointe de votre shinai stable. Une pointe stable, c'est un adversaire qui ne lit pas vos intentions. Travaillez lentement d'abord, puis ajoutez de la vitesse sans ajouter de hauteur.

Okuri ashi pour avancer et reculer en ligne droite

Okuri ashi est le déplacement que vous utiliserez le plus. Vers l'avant : le pied droit glisse en premier, le gauche le rejoint aussitôt. Vers l'arrière : le pied gauche part en premier, le droit suit. Le pied arrière ne croise jamais le pied avant, donc votre kamae reste intact à chaque instant. Petits pas, haute fréquence, aucun rebond.

Tsugi ashi, ayumi ashi et hiraki ashi : quand les utiliser

Le tsugi ashi est un pas de préparation : vous ramenez le pied gauche vers l'avant, puis vous lancez. Il achète de l'allonge quand l'adversaire reste hors du maai, la distance de combat, et notamment hors du issoku ittō no maai, la distance d'où un pas produit une frappe. L'ayumi ashi est parfaitement légitime pour couvrir du terrain et apparaît dans les kata. Le hiraki ashi est votre porte de sortie : vous quittez l'axe en diagonale pendant que le corps pivote pour refaire face à la cible.

Fumikomi ashi : frapper du pied sans abîmer ses genoux

Fumikomi ashi est le pas frappé qui accompagne une coupe engagée. Bien exécuté, il est silencieux dans les articulations et sonore sur le plancher. Mal exécuté, il est bruyant dans les genoux et nul au tableau des points. Toute la différence tient à l'origine de la puissance.

Propulser le fumikomi depuis la jambe gauche

La jambe gauche s'étend et pousse le corps entier vers l'avant. Le pied droit ne va pas chercher le sol tout seul : il est transporté, puis posé. Si vous sentez votre cuisse droite travailler le plus, c'est que vous vous tirez vers l'avant au lieu d'être projeté. L'image utile est celle du nageur qui pousse sur le mur du bassin.

Poser à plat et ramener le pied gauche aussitôt

Le pied droit se pose à plat, semelle et talon ensemble, genou souple. Ne posez jamais le talon en premier jambe verrouillée : le choc remonte directement dans le genou et la hanche. Le bruit est un effet secondaire d'une poussée forte, pas un objectif. Chercher le son reste le chemin le plus rapide vers un talon douloureux.

Hikitsuke et retour après la frappe

Le hikitsuke, ce rappel immédiat du pied gauche, est la moitié invisible du mouvement. Dès que le pied droit se pose, le gauche revient claquer sous les hanches pour que vous puissiez continuer vers l'avant dans le zanshin, la vigilance qui prolonge la frappe. Sans lui, vous finissez étiré et sans défense. Un pantalon large et fluide aide beaucoup, et c'est pour cela que je garde une paire de pantalons hakama pour les démonstrations : le volume et le poids des plis accompagnent le pas explosif au lieu d'accrocher au genou.

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Exercices de déplacement kendo à faire chez soi, sans dojo

Le travail de pieds ne demande ni partenaire, ni bōgu, ni beaucoup de place. Trois séances de quinze minutes par semaine transforment votre kamae en un mois. Travaillez sur un sol lisse si vous le pouvez, en chaussettes ou pieds nus, jamais en chaussures.

Dix minutes de suri ashi sur sol lisse

Réglez un minuteur. Deux minutes de glissé lent en avant et en arrière, en gardant la tête à hauteur constante. Trois séries de vingt pas d'okuri ashi en avant et vingt en arrière, chaque série plus rapide que la précédente. Terminez par une minute de petits pas continus à fréquence maximale. Gardez la pointe du shinai, ou un manche à balai, stable devant vous : c'est votre outil de contrôle.

Lignes et repères au sol pour travailler la distance

Marquez deux lignes au sol avec du ruban adhésif, à environ deux mètres l'une de l'autre. Glissez de l'une à l'autre et comptez vos pas. Le but est la régularité : le même nombre de pas à chaque traversée, puis la même traversée avec un pas de moins. C'est le contrôle de distance à l'état brut, et il se transfère directement à la lecture du maai face à un adversaire.

Escaliers, sauts et renforcement pour l'explosivité du fumikomi

Deux fois par semaine, ajoutez dix sauts sur la jambe gauche seule, trois séries, en réception souple. Puis vingt montées de marches en poussant uniquement sur le pied gauche. Puis trente secondes de sauts latéraux pour l'agilité du hiraki ashi. Progressez sur des semaines, pas sur des jours. Si vos chevilles ou vos genoux tirent le lendemain matin, divisez le volume par deux.

Homme en hakama d'aïkido bleu marine travaillant le suri ashi du kendo sur tatami dans une pièce washitsu
Deux mètres de tatami dégagés suffisent pour le suri ashi quotidien, les tabi laissent sentir le glissé.

Hakama et tabi : comment s'habiller pour des pieds propres

Le kendo se pratique en kendogi (剣道着, la veste de coton matelassée) et en hakama (袴, le pantalon large plissé hérité du costume des samouraïs). Le hakama masque les petits mouvements préparatoires des jambes, et c'est précisément pour cela que vos pieds doivent être entraînés plutôt qu'improvisés. Choisir la bonne longueur est une décision technique, pas une question de style.

Choisir la longueur de hakama pour qu'il ne traîne pas

L'ourlet avant doit tomber sur le dessus du pied, en couvrant juste la malléole, l'ourlet arrière restant un peu plus haut. Trop long, vous marchez dessus en plein fumikomi. Trop court, vos chevilles sont découvertes, ce qui fait négligé lors d'un passage de grade. Les longueurs traditionnelles se mesurent en sun (寸), une ancienne unité valant environ 3,03 cm, prise de la ceinture à l'ourlet.

Votre taille Longueur de hakama approximative En sun
160 à 168 cm 73 à 79 cm 24 à 26 sun
168 à 176 cm 79 à 85 cm 26 à 28 sun
176 à 184 cm 85 à 91 cm 28 à 30 sun

Tabi et chaussettes : adhérence, glisse et ampoules

Le kendo se pratique traditionnellement pieds nus, et le pied nu reste la norme en compétition. Les tabi (足袋, chaussettes à orteil séparé) se portent surtout dans les dojos froids, pour l'entraînement d'autres disciplines, ou avec l'accord du professeur pour protéger un pied blessé. Des tabi en coton à semelle ferme offrent une légère glisse qui convient au suri ashi, là où les chaussettes modernes épaisses ont tendance à déraper. Contre les ampoules sous l'avant du pied, la solution tient d'abord à la technique : vous traînez le pied au lieu de le faire glisser.

Correspondance des tailles Japon, Europe et États-Unis

Les tailles japonaises taillent environ une taille en dessous des tailles européennes et américaines : un L japonais correspond en général à un M en Europe. Les hakama se choisissent sur le tour de taille et de hanches plus la longueur, pas sur une taille de pantalon. Les tabi se choisissent sur la longueur du pied en centimètres.

Longueur du pied Pointure EU Équivalent US (homme)
24 cm 38 à 39 6
25 cm 40 7
26 cm 41 8
27 cm 42 à 43 9

Les questions que les débutants posent le plus

Voici les questions qui reviennent dans presque tous les messages que je reçois au sujet du kendo et du hakama. Réponses courtes, sans théorie.

Quelles sont les cinq gardes du kendo ?

Les cinq kamae sont chūdan (garde médiane), jōdan (haute), gedan (basse), hassō (sabre vertical près de l'épaule) et waki (sabre dissimulé derrière le corps). Chūdan est la garde de référence, la seule que les débutants utilisent en pratique. Les autres viennent plus tard, surtout dans les kata et dans certains styles de compétition.

Quels sont les différents types de déplacements en kendo ?

L'ensemble de base comprend okuri ashi, tsugi ashi, ayumi ashi et hiraki ashi, tous exécutés avec la qualité glissée du suri ashi, plus le fumikomi ashi pour l'attaque frappée. L'okuri ashi couvre la grande majorité de la pratique. Les autres sont des outils de circonstance, pour la distance, le déplacement long et l'esquive.

Combien de temps faut-il pour apprendre le fumikomi ?

La plupart des débutants produisent un fumikomi reconnaissable après deux ou trois mois de pratique régulière, et un fumikomi vraiment synchronisé après un an ou plus. Le délai ne vient pas de la force physique, mais de la coordination entre le pied, le shinai et le kiai. La répétition lente sans armure la construit plus vite que les frappes appuyées.

Le kendo est-il utile dans un vrai combat ?

Le kendo est une voie martiale construite autour d'un sabre, avec des règles, une armure et des cibles définies : ce n'est pas un entraînement à la self-défense. Ce qu'il développe, c'est la perception de la distance, le timing, la posture et le calme sous pression. Ces qualités se transfèrent, les techniques précises non.

Puis-je travailler mes déplacements sur de la moquette ?

Vous pouvez travailler le schéma de l'okuri ashi sur moquette, mais pas la glisse, car le frottement vous oblige à lever les pieds. Utilisez-la pour la posture, l'ordre des appuis et le rythme, puis vérifiez la qualité du glissé sur un sol lisse. Évitez le fumikomi sur une moquette posée sur béton, et renoncez-y complètement si vous habitez à l'étage.

Si vous cherchez un hakama qui se comporte correctement sous un fumikomi, regardez d'abord la longueur, ensuite le grammage du tissu. Ces deux points sont détaillés dans notre collection de vêtements de samouraï, aux côtés des pièces que je recommande le plus souvent aux pratiquants.

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