Un soir, en montant une petite lanterne, j'ai tiré un peu trop fort sur une feuille achetée en magasin de loisirs créatifs, étiquetée « papier de riz ». Elle a cassé net, comme une feuille d'imprimante. Une vraie feuille de washi, elle, se serait étirée en filaments avant de céder. La différence entre papier washi et papier de riz tient d'abord à la matière première. Le washi (和紙, « papier japonais ») est fabriqué à partir de longues fibres d'écorce de mûrier : kōzo, mitsumata ou gampi. Cela le rend souple, translucide et très résistant à la déchirure. Le « papier de riz », lui, désigne deux choses très différentes selon le contexte : la galette alimentaire d'Asie du Sud-Est, ou un papier fin d'origine chinoise (type xuan) utilisé en peinture à l'encre. Autrement dit, aucun washi ne contient de riz. L'expression est une approximation occidentale qui mélange trois familles de supports.
L'essentiel en quatre points
- Le washi vient de fibres d'écorce (kōzo, mitsumata, gampi), jamais de riz.
- « Papier de riz » désigne soit une galette alimentaire, soit un papier chinois fin de type xuan.
- Le washi résiste mieux à la déchirure et diffuse la lumière : idéal pour les luminaires, les panneaux shōji et le pliage.
- Pour écrire à l'encre, on choisit un papier absorbant type gasenshi ; pour plier, un washi fin et régulier.
Papier washi : quelles fibres et quelle fabrication ?
Le washi n'est pas une marque ni une texture, c'est une méthode. On récolte l'écorce d'arbustes, on la cuit, on la bat pour séparer les fibres, puis on les met en suspension dans l'eau avant de former la feuille à la main. Ces fibres mesurent souvent plusieurs millimètres, là où la pâte de bois d'un papier ordinaire tourne autour du millimètre. C'est cette longueur qui explique la souplesse et la tenue du matériau.

Kōzo, mitsumata, gampi : les trois écorces du washi
Le kōzo (mûrier à papier) donne les fibres les plus longues et les plus robustes. C'est le papier des panneaux coulissants, des lanternes et des réparations de livres anciens. Le mitsumata produit une feuille plus douce, légèrement satinée, appréciée pour l'impression et la papeterie fine. Le gampi, issu d'un arbuste sauvage difficile à cultiver, donne une feuille dense, presque nacrée, quasi transparente.
Washi fait main ou papier japonais industriel (yōshi)
La technique traditionnelle s'appelle nagashizuki : l'artisan berce la forme, laisse la pâte ruisseler et croiser les fibres en couches. Les feuilles obtenues portent des bords irréguliers, des fibres visibles à contre-jour, parfois une épaisseur qui varie d'un coin à l'autre. En face, le papier « style washi » sort d'une machine : bords coupés nets, épaisseur constante, motif imprimé régulier. Ce n'est pas un défaut, c'est un autre produit, souvent plus adapté au découpage et au collage. Le terme yōshi (洋紙) désigne d'ailleurs le papier « occidental », celui de pâte de bois, par opposition au washi.
Mino, Echizen, Tosa : les terroirs du washi
Le Mino washi, dans la préfecture de Gifu, est réputé pour sa finesse et sa régularité, notamment pour les panneaux shōji. Echizen, dans la préfecture de Fukui, est associé aux papiers de calligraphie et de peinture. Tosa, sur l'île de Shikoku, produit parmi les feuilles les plus fines du monde. En 2014, l'UNESCO a inscrit sur sa liste du patrimoine culturel immatériel le savoir-faire du papier japonais fait main à travers trois techniques régionales.
« Papier de riz » : galette alimentaire ou papier chinois ?
L'expression française regroupe trois réalités qui n'ont presque rien en commun. Un support de peinture chinois, une feuille alimentaire vietnamienne, et un curieux papier de moelle végétale du XIXᵉ siècle. Les rayons de mercerie entretiennent la confusion en collant l'étiquette sur à peu près tout ce qui est fin et clair. Parcourons ces trois univers pour démêler les fils.
La galette de riz de cuisine, cousine trompeuse
La galette de riz, ou bánh tráng, se compose de farine de riz, d'eau, de sel et parfois de tapioca. Elle est étalée à la vapeur puis séchée sur des claies de bambou. Elle est faite pour être réhydratée et mangée. Elle ne supporte ni l'encre, ni le pli, ni le temps. Si votre feuille est vendue à l'épicerie, en pile ronde et translucide, ce n'est pas un support créatif.
Le papier xuan chinois et la peinture à l'encre
Le papier xuan (宣紙), originaire de l'Anhui, est le véritable support de la peinture et de la calligraphie chinoises. Il est fabriqué à partir d'écorce de qingtan (Pteroceltis tatarinowii) mélangée à de la paille de riz. La paille explique en partie l'appellation, mais elle sert de charge, pas de fibre principale. Le xuan est extrêmement absorbant : la goutte d'encre s'y diffuse en auréole, ce qui est précisément l'effet recherché en lavis.
Le papier de moelle de tétrapanax, l'origine du malentendu
Au XIXᵉ siècle, Canton exportait vers l'Europe de petites peintures réalisées sur des feuilles blanches et veloutées. Ce support était obtenu en découpant en spirale la moelle du Tetrapanax papyrifer, que les Anglais ont surnommé rice paper plant. Le nom est resté, la traduction s'est propagée, et l'erreur est arrivée jusque dans nos rayons. Techniquement, ce n'est même pas un papier : les fibres n'ont jamais été mises en suspension dans l'eau.

Différence entre papier washi et papier de riz : le comparatif
Le plus simple est de poser les quatre supports côte à côte. Le grammage (g/m², le poids d'un mètre carré de feuille) donne une première indication, mais la texture et le comportement à l'humidité sont bien plus parlants.
| Support | Matière | Grammage courant | Comportement | Usages |
|---|---|---|---|---|
| Washi artisanal | Écorce de kōzo, mitsumata ou gampi | 20 à 80 g/m² | Se déchire en filaments, tient mouillé | Shōji, lanternes, pliage, reliure |
| Papier « style washi » machine | Pâte de bois, parfois mêlée de kōzo | 60 à 120 g/m² | Bords nets, déchirure franche | Découpage, scrapbooking, emballage |
| Papier xuan chinois | Écorce de qingtan et paille de riz | 25 à 60 g/m² | Très absorbant, encre qui diffuse | Peinture à l'encre, calligraphie |
| Galette de riz alimentaire | Farine de riz et tapioca | Sans objet | Fond à l'eau, casse à sec | Cuisine uniquement |
Texture, grain et bords : ce que révèle la surface
Passez la pulpe du doigt sur la feuille. Un washi fait main accroche légèrement, avec des reliefs irréguliers et des fibres apparentes. Ses bords sont barbés, jamais rectilignes. Une feuille industrielle est lisse et homogène. Le xuan, lui, est doux et mat, avec un léger duvet.
Résistance à la déchirure et au pliage
Le test le plus fiable tient en deux secondes : déchirez un coin de deux millimètres. Si la fibre file en petits poils blancs et résiste, c'est du washi. Si la cassure est nette et rapide, vous avez de la pâte de bois. Le washi encaisse aussi mieux l'humidité, ce qui explique son usage historique pour les paravents et les vêtements matelassés.
Transparence, diffusion de la lumière et absorption de l'encre
La transparence du washi n'est pas celle du calque. La lumière se disperse dans l'épaisseur des fibres et ressort adoucie. C'est cette diffusion qui donne la lumière laiteuse des intérieurs japonais. Pour l'encre, tout dépend du collage : un papier peu collé boit et fait des auréoles, un papier plus collé retient le trait.
Quel papier washi choisir pour l'origami ?
Pour débuter, un papier fin et régulier vaut mieux qu'un beau papier épais. Le pli doit se marquer d'un coup d'ongle et rester en place. Un grammage trop élevé multiplie l'épaisseur à chaque superposition.
Papier kami classique ou washi chiyogami
Le kami est le papier d'origami standard, coloré d'un côté, blanc de l'autre, autour de 60 à 70 g/m². Il convient à presque tout. Le chiyogami, orné de motifs traditionnels imprimés, est plus épais et plus vivant, parfait pour une grue décorative ou une boîte, moins pour un modèle à nombreuses étapes.
Grammage et format : ce qui plie bien sans casser
Les formats les plus courants sont 15 cm et 24 cm de côté. Le 15 cm suffit aux modèles simples. Passez au 24 cm dès que le pliage dépasse une quinzaine d'étapes. Sous 20 g/m², le papier devient fragile au marquage répété ; au-delà de 90 g/m², les pointes fines deviennent impossibles.
Les modèles humides ou complexes : quand le washi gagne
Le pliage humide, ou wet-folding, consiste à humidifier légèrement la feuille pour obtenir des courbes plutôt que des arêtes. Les longues fibres du washi supportent cette humidité sans se déliter et gardent la forme en séchant. Un papier de pâte de bois gondole ou se perce. Les galettes de papier de riz alimentaire ne tiendront aucun pli.

Calligraphie, luminaires, déco : les usages du papier japonais
Un même mot, washi, recouvre des feuilles aux fonctions très différentes. Le papier d'écriture, le papier de panneau et le papier d'objet ne se choisissent pas de la même façon. Voyons comment adapter le support à l'usage.
Écrire à l'encre : gasenshi, hanshi et papiers absorbants
Pour la calligraphie shodō, le hanshi est le format d'exercice standard, environ 24 × 33 cm, vendu en rames. Le gasenshi est plus absorbant et plus souple : le pinceau y laisse des nuances de gris. Un washi épais et bien collé retient l'encre en surface et convient mieux à la plume fine. Avant d'acheter une rame entière, testez une goutte d'encre sur un coin : la taille de l'auréole vous dit tout.
Shōji, lanternes et abat-jour en washi
Le papier shōji tendu sur les cadres de bois filtre la lumière du jour sans la couper. Il est généralement fin, autour de 20 à 30 g/m², et suffisamment solide pour supporter la tension. Les lanternes, les abat-jour et les paravents reposent sur le même principe : la lumière se répand au lieu d'éblouir. C'est un effet visuel que vous constaterez en allumant une lampe derrière une feuille.
Éventails, noren et petits objets recouverts de washi
L'éventail plat uchiwa (団扇) associe une armature de bambou et une feuille de papier tendue. On retrouve le washi sur les boîtes, les couvertures de carnets, les cerfs-volants et les poupées. Chaque feuille artisanale présente des variations d'épaisseur et de teinte : c'est l'esprit wabi-sabi, cette sensibilité japonaise qui reconnaît la beauté dans l'imparfait. Pour l'entretien, tenez ces objets à l'écart de la lumière directe et de l'humidité, dépoussiérez au pinceau doux.
FAQ : washi, papier de riz et papier japonais
Vous posez des questions récurrentes sur ces papiers. Voici les réponses que je donne le plus souvent au comptoir.
Qu'est-ce que le papier washi exactement ?
C'est un papier japonais fabriqué à partir de l'écorce interne d'arbustes : kōzo, mitsumata ou gampi. Les fibres, longues et croisées, lui donnent souplesse et résistance.
C'est quoi le papier de riz ?
Tout dépend du contexte. En cuisine, c'est la galette de farine de riz séchée qui sert aux rouleaux de printemps. En arts graphiques, l'expression désigne le papier xuan chinois, qui contient de la paille de riz mais surtout de l'écorce de qingtan.
Quel papier choisir pour faire de l'origami ?
Un papier kami de 60 à 70 g/m² au format 15 cm pour apprendre. Un washi fin pour les modèles à nombreuses couches ou pour le pliage humide. Un chiyogami à motifs pour les pièces destinées à être posées et regardées.
Le papier washi est-il plus résistant que le papier classique ?
À grammage égal, oui, en particulier à la déchirure et au pliage répété. La longueur des fibres crée un maillage qui s'étire avant de céder. Il reste sensible à l'eau prolongée, aux UV et aux manipulations brutales.
Comment utiliser le papier de riz en loisirs créatifs ?
Si vous parlez du papier xuan, il excelle en peinture à l'encre et en aquarelle très diluée, à condition d'accepter la diffusion. Pour le collage et le recouvrement d'objets, un papier japonais fin fonctionne mieux : il épouse les reliefs et se déchire proprement en bords flous.
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