Un général en armure, sous une tente de campagne, loin de la cour et de ses cérémonies. C'est de cette image que naît le mot shogun.

Le terme shogun (将軍), forme abrégée de seii taishōgun, désigne le chef militaire suprême du Japon féodal, celui qui commande les daimyō (seigneurs de guerre). C'était à l'origine un titre militaire attribué à ceux qui étaient chargés de combattre les « Emishi », des populations du nord hostiles au pouvoir central. Avec le temps, le rôle du shogun a dépassé les limites militaires pour devenir un véritable pouvoir politique.

L'essentiel

  • Shogun signifie « général », abréviation de seii taishōgun, littéralement « grand général pacificateur des barbares ».
  • Minamoto no Yoritomo est le premier shogun au sens politique du terme, à partir de 1192.
  • Le gouvernement du shogun s'appelle le bakufu (幕府), le « gouvernement de la tente ».
  • Trois shogunats se succèdent : Kamakura, Ashikaga (Muromachi) et Tokugawa.
  • Le système prend fin en 1868 avec la restauration de l'ère Meiji.

Ces chefs de guerre s'entourent de vassaux qui assurent leur protection dans leurs châteaux. La loyauté d'un vassal est accordée en échange de l'appartenance au fief et aux différents clans des seigneurs. Les shoguns règnent pendant sept siècles, jusqu'à la restauration de l'ère Meiji en 1868.

Voici les étapes de cette histoire :

  • Comment devenir Shogun ?
  • Qui était le premier Shogun ?
  • Comment était organisé le gouvernement du Shogunat ?
  • Défis et déclin des Shogun japonais
  • Le shogunat Tokugawa
  • La politique d'isolation du Japon

Comment devenir Shogun ?

Au Japon féodal, le titre de shogun était l'un des plus convoités. Y accéder n'avait rien d'automatique. L'ascension demandait une combinaison de facteurs : la naissance, l'habileté militaire, le soutien politique, et souvent un peu de chance.

Naissance et hérédité

Le titre de shogun se transmettait souvent de père en fils, au sein d'un clan puissant. Naître dans le clan Tokugawa pendant la période Edo plaçait ainsi un homme en ligne de succession. La naissance seule ne garantissait pourtant rien. Les conflits de succession étaient fréquents et débouchaient parfois sur des luttes de pouvoir, voire des guerres civiles.

Habileté militaire

Au-delà de la naissance, le futur shogun devait prouver sa valeur sur le champ de bataille. Diriger efficacement en temps de guerre était essentiel. Les shoguns étaient des chefs militaires : leur pouvoir tenait à leur capacité à gagner des batailles et à contrôler les samouraïs. Minamoto no Yoritomo a ainsi été nommé shogun après avoir vaincu ses rivaux dans la guerre de Genpei.

Soutien politique

Même avec l'héritage et l'habileté militaire, un shogun potentiel avait besoin d'un appui politique. Cela impliquait de gagner la faveur de l'empereur et de la cour impériale. L'équilibre du pouvoir entre la cour et le shogunat fluctuait beaucoup. Le shogunat détenait parfois plus de pouvoir réel que l'empereur lui-même.

Qui était le premier Shogun ?

La guerre de Genpei (1180-1185) vit la victoire du clan Minamoto sur les Taira. Après la capitulation des Taira, Minamoto no Yoritomo devint le plus puissant chef militaire du Japon. Il se proclama premier shogun, autrement dit premier dictateur militaire du pays. Il occupa ce poste de 1192 à 1199 et fonda le shogunat de Kamakura.

La position de shogun fut la première à offrir un système de gouvernement militaire et social alternatif à celui de la cour impériale. Le titre de shogun, ou « protecteur », existait déjà sous la forme seii tai shogun, mais il n'était que temporaire. On le donnait aux commandants militaires en campagne contre la rébellion des Ezo/Emishi (Ainu), dans le territoire encore disputé du nord du Japon, au VIIIe siècle.

Le titre fut ensuite repris par le cousin de Yoritomo, Minamoto Yoshinaka (1154-1184), qui commanda les forces du clan à Heiankyo en 1183. Il ne l'avait pas reçu de l'empereur, contrairement à ce que voulait la tradition dans la culture japonaise.

Yoritomo, lui, put porter ce titre avec une signification nouvelle et plus large grâce à son accord avec le jeune empereur Go-Toba (1183-1198). L'empereur accorda le titre en échange de la protection militaire de Yoritomo. Techniquement, l'empereur était au-dessus du shogun. Dans la pratique, c'était l'inverse : celui qui contrôlait l'armée contrôlait l'État.

Samourai


Les empereurs conservaient une fonction cérémonielle. Les shoguns cherchaient leur aval pour donner une légitimité à leur propre règne. Le fait que l'empereur accorde le titre conférait au shogun son statut de « protecteur de la nation ».

Les empereurs pouvaient retarder la nomination d'un shogun, mais pas indéfiniment. À ce stade de l'histoire nippone, la fonction n'était pas encore aussi prestigieuse qu'elle le devint au XIIIe siècle.

Yoritomo fut remplacé comme shogun par son fils aîné Minamoto no Yorie (1202-1203), et seulement après une lutte de pouvoir. À la mort de Yoritomo, son épouse Hojo Masako (1157-1225) et le père de celle-ci, Hojo Tokimasa, décidèrent de gouverner eux-mêmes. C'est à ce moment que fut créé le premier poste de régent du shogun (shikken).

Dans cet arrangement, très copié tout au long de la période Kamakura (1185-1333), le régent disposait du vrai pouvoir et le shogun n'était qu'une marionnette. Le système permettait aussi de contourner l'exigence selon laquelle un shogun devait venir de la caste noble des guerriers. Sans cela, une femme ou une personne n'étant pas samouraï ne pouvait pas atteindre cette position de pouvoir.

L'absence de texte écrit définissant le rôle précis du shogun, et l'absence de document légal, ont permis à une longue lignée de régents de manipuler la fonction. On en compte 16 de 1203 à 1333. Ce n'était pas le shogun qui gouvernait directement le Japon, mais le gouvernement du shogunat. Cette situation ne changea qu'avec l'établissement du shogunat Ashikaga, en 1338.

Comment est organisé le shogunat ?

Le shogunat, ou bakufu (幕府), signifie « gouvernement de la tente », en référence à ses origines : un titre détenu par un commandant sur le champ de bataille. Ce pouvoir suprême repose sur la relation féodale entre les seigneurs et leurs vassaux. Cette structure de gouvernance militaire a régi le Japon pendant une grande partie de son histoire féodale.

Le rôle du Shogun

Le shogun était le dirigeant suprême du shogunat. Il détenait le pouvoir exécutif et avait le dernier mot sur les décisions politiques et militaires. Son rôle n'était pas uniquement militaire. Il servait aussi de lien entre le bakufu et la cour impériale, qui, sans pouvoir réel, gardait une grande importance symbolique.

Kanrei : le second du Shogun

Le kanrei est un poste clé du shogunat, en particulier pendant l'époque de Muromachi (1336-1573). Le kanrei est le second du shogun. Il supervise l'administration du bakufu. Ce rôle est confié à un membre de la noblesse issu de l'une des trois familles Shiba, Hosokawa et Hatakeyama. C'est une fonction centrale pour assurer la liaison entre le shogun, les gouverneurs militaires régionaux et leurs adjoints.

Samurai-dokoro

Dès 1180, le samurai-dokoro (conseil des serviteurs) fut formé. Il supervise les guerriers vassaux (gokenin) et impose des mesures disciplinaires en cas de délits mineurs. Il surveillera ensuite les agents du gouvernement en province et les propriétés du shogunat. La cour impériale de la capitale, elle, était supervisée par le shugo de Kyoto, le gouverneur militaire.

Les Daimyō

Juste sous le shogun se trouvent les daimyō, les seigneurs féodaux qui dirigent un domaine au nom du shogun. Ils étaient des alliés clés : ils fournissaient des troupes en temps de guerre et administraient leur territoire en temps de paix. Les relations entre le shogun et les daimyō restaient souvent tendues, avec des luttes de pouvoir et des rébellions occasionnelles.

Les Samouraïs

Les samouraïs forment la classe guerrière du Japon féodal et l'épine dorsale du shogunat. Ils servent comme soldats en temps de guerre et comme fonctionnaires en temps de paix. Ils devaient loyauté et service à leur daimyō, et par extension au shogun.

Les Rōjū et les Wakadoshiyori

Le bakufu compte aussi des postes administratifs importants. Les rōjū étaient des conseillers de haut rang qui aidaient le shogun dans ses décisions politiques. Les wakadoshiyori supervisaient les affaires des hatamoto et des gokenin, les vassaux directs du shogun.

Les Jitō et les Shugo

Sous les bakufu de Kamakura et de Muromachi, les jitō étaient des intendants qui géraient des propriétés précises pour le shogun. Les shugo étaient des gouverneurs militaires chargés de maintenir l'ordre dans une province donnée.

Déclin et défis des Shogun japonais

Le poste de shogun n'était pas de tout repos. Les shoguns durent affronter les famines, les invasions et les bandits. Contestés, ils firent aussi face à des tentatives de coup d'État, comme celle de l'empereur Go-Toba en 1221.

Défis des chefs de guerre japonais

Cet épisode porte un nom : la perturbation de Jōkyū. Elle se termina par l'exil de l'empereur japonais. Le shogunat dut ensuite affronter la tentative de restauration de Kemmu (1333-1336) menée par l'empereur Go-Daigo (1318-1339), qui remplaça un shogunat par un autre.

Le pouvoir du shogunat dut aussi répondre aux menaces venues de l'extérieur. Le chef mongol Kubilaï Khan (1260-1294) décida d'envahir le Japon en 1274 puis en 1281. Par deux fois, la résistance japonaise et les typhons mirent l'ennemi en déroute. Les récits japonais racontent que ce sont les kami (les divinités japonaises) qui ont protégé l'archipel.

Le défi suivant fut de nouveau interne. La guerre d'Ōnin (1467-1477) opposa des seigneurs de guerre rivaux et causa de nombreux morts et destructions, surtout à Heiankyo. S'ensuivit un siècle de combats et de troubles : la période Sengoku, ou période des États belligérants (1467-1568).

Oda Nobunaga : l'unificateur du Japon

Cette tourmente prit fin avec la montée du seigneur de guerre Oda Nobunaga (1534-1582). Depuis sa base du château de Nagoya, il étendit son territoire au fil des années 1550 et 1560 en battant ses adversaires. Il s'empara de Heiankyo en 1568, puis exila le dernier shogun Ashikaga, Yoshiaki, en 1573.

Sa prise de pouvoir ouvrit la période Azuchi-Momoyama (1568/73-1600). Ses deux successeurs immédiats, eux aussi puissants seigneurs de guerre, maintinrent les shoguns à l'arrière-plan de la politique japonaise. Il s'agit de Toyotomi Hideyoshi (1582-1598) et de Tokugawa Ieyasu (1603-1605). Ce trio est considéré comme celui des « grands unificateurs » du Japon.

L'histoire du Shogunat Tokugawa

Avec Ieyasu aux commandes, la paix s'installa au Japon. Une nouvelle société se mit en place, fondée sur l'éthique des samouraïs, faite d'obéissance et de loyauté. Ils suivaient à la lettre le bushidō (la voie du guerrier). À cette période, chaque samouraï était équipé de :

  • son sabre katana,
  • d'une armure de métal aux couleurs de son clan,
  • et de son masque japonais de type mempo, destiné à impressionner ses ennemis. Ce masque de samouraï pouvait représenter un démon oni ou un fantôme inquiétant. Ce guerrier avait pour seule mission de protéger son chef de guerre.

En 1600, William Adams devient le premier Anglais à poser le pied au Japon. Impressionné par les navires de commerce européens, Ieyasu lui demande de l'aider à construire sa propre flotte. Convaincu que les Anglais n'ont pas d'intérêt à convertir les Japonais au christianisme, Ieyasu décide d'expulser les Portugais et les Espagnols, qui mêlent souvent travail missionnaire et commerce.

Comme shogun, Tokugawa Ieyasu dirigea ses daimyō d'une main de fer pour éviter toute rébellion. À sa mort, à 72 ans, sa vision d'un système de classes fondé sur le règne des samouraïs était devenue réalité. Son petit-fils, Iemitsu, régna plus durement encore. Sans guerre à mener, il resserra le contrôle sur le pouvoir des daimyō et sur leurs armées de samouraïs.

Même après l'expulsion des missionnaires étrangers, Iemitsu redoutait l'influence du christianisme. Les paysans appauvris et les chrétiens persécutés finirent par se soulever. La rébellion de Shimabara, en 1637, entraîna la mort de milliers de personnes. Pour éviter de nouvelles dissensions liées à l'influence étrangère, Iemitsu ferma le Japon au monde occidental. Il faudra attendre plus de 200 ans avant que le pays rouvre ses portes.

La politique d'isolation du Japon

En 1690, le Japon est une nation isolée du monde occidental. Une période d'épanouissement culturel et intellectuel s'ouvre alors. Le shogun Tsunayoshi présente ses lois de compassion, qui protègent les pauvres et interdisent les mauvais traitements envers les animaux. Au XVIIIe siècle, Edo devient la plus grande ville japonaise, et l'une des plus vivantes du monde. Elle attire samouraïs, geishas, courtisans, marchands, écrivains et acteurs. Les classes commencent à se mélanger, la culture et le commerce s'épanouissent.

Des conflits couvent pourtant sous la surface de la société d'Edo. Les daimyō au pouvoir et leurs armées de samouraïs s'agitent, tandis que l'intérêt pour la science occidentale grandit et complique la politique d'isolement.

En 1853, le commodore Matthew C. Perry et son escadre de « navires noirs » entrent dans la baie d'Edo. Ils exigent que le Japon négocie et commerce avec les États-Unis. Le gouvernement se retrouve devant un choix difficile : la guerre ou la négociation. Conscients de ne pas pouvoir repousser la puissance américaine, les Japonais signent des traités avec l'Occident. Dix ans plus tard, la classe des samouraïs est dissoute et le shogunat Tokugawa prend fin. L'ère moderne du Japon commence, celle de l'empereur Meiji.

FAQ

Voici les questions qui reviennent le plus souvent quand on découvre l'histoire des shoguns.

Quelle est la différence entre un shogun et un empereur ?

L'empereur (tennō 天皇) est le souverain héréditaire, légitime et sacré, mais son rôle est resté longtemps symbolique et cérémoniel. Le shogun, lui, est le chef militaire qui détient le pouvoir réel sur le pays. L'empereur nommait officiellement le shogun, ce qui donnait à ce dernier sa légitimité.

Combien de shogunats a connu le Japon ?

Trois : le shogunat de Kamakura (1185-1333), le shogunat Ashikaga ou Muromachi (1338-1573) et le shogunat Tokugawa ou Edo (1603-1868). Chacun porte le nom de la ville ou du quartier où siégeait le gouvernement.

Quelle est la différence entre un shogun, un daimyō et un samouraï ?

Le shogun est le chef suprême du gouvernement militaire. Les daimyō sont les seigneurs qui administrent un domaine et prêtent allégeance au shogun. Les samouraïs sont les guerriers au service d'un daimyō, et par extension du shogun.

Pourquoi le shogunat a-t-il pris fin en 1868 ?

L'arrivée des navires américains en 1853 a montré que le Japon ne pouvait plus rester fermé. Les traités signés avec l'Occident ont affaibli l'autorité du shogunat, contesté par des clans favorables au retour du pouvoir impérial. La restauration de Meiji rend le pouvoir à l'empereur et met fin à sept siècles de gouvernement militaire.

1 commentaire

  • Masseys
    • Masseys
    • 16 août 2023 à 21:49

    Très bon commentaire merci pour tout ces renseignements sur les schogums Béatrice MASSEYS

Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.

Ce site est protégé par hCaptcha, et la Politique de confidentialité et les Conditions de service de hCaptcha s’appliquent.