Dans un temple de Kyoto, une cloche sonne, l'encens flotte, et un moine balaie des graviers avec une lenteur qui semble hors du temps. Le bouddhisme japonais est né de cette rencontre : une doctrine venue de Chine et de Corée aux Ve et VIe siècles, adoptée par la cour impériale, puis fondue dans les traditions locales jusqu'à devenir l'une des deux grandes religions de l'archipel, aux côtés du shintoïsme.
On retrouve ses préceptes dans plusieurs pans de la société japonaise. Dans l'éducation, dans le respect envers les aînés, dans les mythes fondateurs. Du karma à la réincarnation, du sanctuaire aux dojos zen, voici comment cette voie s'est immiscée au cœur de la culture nippone.
L'essentiel
- Le bouddhisme (bukkyō 仏教, « enseignement du Bouddha ») arrive au Japon depuis la Chine et la Corée aux Ve et VIe siècles.
- Il ne remplace pas le shintoïsme : les deux cohabitent sans guerre de religion.
- Son histoire japonaise se lit en trois temps forts : Nara, Heian, Kamakura.
- Trois grands courants le structurent : Hinayana, Mahayana (dont le zen) et Vajrayana.
- Treize écoles principales subsistent, et près de 76 000 temples ponctuent l'archipel.
Le bouddhisme sur l'archipel nippon

Le bouddhisme, ou bukkyo en japonais, a été importé des pays voisins comme la Chine ou la Corée vers les Ve et VIe siècles. Des émissaires, des poètes et des marchands ont exploré ces contrées et rapporté la religion bouddhiste chez eux.
À l'instar de l'Europe, la religion y est liée au pouvoir politique. Il fallait être chrétien catholique pour prétendre au trône de France. C'est aussi le cas au Japon : en 592, le bouddhisme fut déclaré religion d'État.
Aujourd'hui, les habitants sont libres de croire ou non, et la majorité des Japonais vivent leur rapport au religieux de façon laïque. Une liberté qui les distingue de pays comme les États-Unis, où le président prête encore serment sur la Bible lors de son investiture.
Le bouddhisme japonais a été grandement influencé par celui de la Chine et de la Corée, mais aussi par la religion shintoïste. Historiquement, le shintoïsme est présent au Japon bien avant lui. Les deux religions ne s'opposent pourtant pas, contrairement au vieux continent où les guerres de religion ont fait des milliers de morts pendant des siècles.
Cette cohabitation a laissé des objets du quotidien chargés de sens. Le daruma (達磨), par exemple, est une poupée ronde inspirée de Bodhidharma, le moine fondateur du courant Chan dont descend le zen. On lui peint un œil en formulant un vœu, le second quand il se réalise.

L’histoire du bouddhisme au Japon

La religion bouddhiste a trois grandes ères dans son histoire avec l'archipel nippon :
- Premièrement l’époque dite de Nara qui s’étend de 710 à 794,
- Ensuite l’époque dite de Heian qui s’écoule de 794 à environ 1185
- Et pour finir l’époque Kamakura qui vient à partir de 1185.
À chacun de ces moments, de nouvelles doctrines et de nouveaux courants de pensée se greffent aux écoles existantes. De nouvelles pratiques bouddhistes voient le jour.
Comme dans la religion chrétienne, le bouddhisme compte différentes branches, qui modifient la pratique de la religion en Asie et plus particulièrement au pays du soleil levant. À l'image des orthodoxes ou des protestants, certains courants y sont majoritaires.
Le mouvement bouddhique s'est installé progressivement par les nobles japonais avant d'atteindre le peuple. Ses rites, ses enseignements et ses rituels aux connotations spirituelles restaient hors de portée d'une population encore largement illettrée à cette époque.
Bouddhisme Hinayana
Cette expression provient d’un dialecte indien. Elle peut se traduire par la voie du petit véhicule. Ce terme désigne les anciennes écoles du bouddhisme, les premières personnes ayant pratiqué cette religion en appliquant ses préceptes. Ce courant se concentre sur l’individualisme c'est à dire que le but à atteindre est la libération individuelle plutôt que collective. Par ailleurs ce terme peut être perçu de manière péjorative car il fait référence à l'égoïsme dont font preuve ses adeptes.
Bouddhisme Mahayana
Cette expression indienne, issue du même dialecte que la précédente, se traduit par la voie du grand véhicule. Elle vient de Chine et d'Inde et inspire ce qui deviendra le bouddhisme zen. Le zen est la branche japonaise du Mahayana. Cette croyance met l'accent sur la méditation et la relaxation.
Il se pratique donc dans une posture zen qui inspire la méditation. Cette branche du bouddhisme est également directement en lien avec les arts martiaux importés de Chine où la pratique de la médiation joue un rôle déterminant dans ce domaine. On retrouve beaucoup de points communs avec les attitudes adoptées dans les différents dojo ou dans dojo zen.
Bouddhisme Vajrayana
À l'instar des deux expressions précédentes, vajrayana est tiré du sanskrit, langue indienne ancienne. On le traduit généralement par la voie du diamant. Ce courant fait appel aux mantras et aux tantras. Ses adeptes le décrivent comme la voie de l'indestructible réalité ou de la foudre de l'ignorance.
Cette doctrine a de nombreux points communs avec l'hindouisme. Aujourd'hui, l'influence du bouddhisme s'étend sur toute l'Asie jusqu'aux steppes eurasiennes, c'est-à-dire jusqu'en Russie.
Les différentes écoles bouddhistes au pays du soleil levant

Il y a pas moins de 13 écoles bouddhistes présentes sur le territoire japonais. Chacune de ses écoles a vu l’introduction de nouvelles doctrines ou courant de pensés, mis en valeur par des récits ou des moines bouddhiste. L’apparition des différentes écoles dépend de l’époque que traverse le pays, et sont principalement inspirés par le bouddhisme Mahayana. La philosophie bouddhiste, les enseignements de Bouddha, la spiritualité, les cérémonies, la méditation zen, toutes ces pratiques sont enseignées dans ces différentes écoles.
Epoque de Nara :
- Hosso c’est une école d’origine chinoise inspirée par des caractéristiques indienne
- Kegon c’est une école d’origine chinoise et Huayan peut se traduire par “guirlande de fleurs”
- Ritsu, c’est encore une école d’origine chinoise Luzhong, appelée aussi école des Préceptes
Époque de Heian :
- Tendai, cet école est celle du Mont Tiantai (c’est le nom d’une montagne chinoise dans la province du Zhejiang où est situé le temple qui à inspiré cette doctrine)
- Shingon, (Bouddhisme vajrayana, aussi appelé bouddhisme tantrique) on retrouve l’école de la Parole vraie (mantra en sanskrit le dialecte indien à l'origine des différents courant) appelée parfois dharani shu à savoir l’école des dharanis
Époque de Kamakura :
- Le bouddhisme de Nichiren aussi appelé Hokke shu que l’on peut traduire par école du Lotus, ce qui donne l’école du moine bouddhiste Nichiren.
Les écoles inspirées par la Terre pure chinoise
- Jodo, école de la Terre pure
- Jodo shin, école de la véritable Terre pure
- Yuzu nenbutsu, dérivé du Tendai, école de l'Attention Mutuelle au Bouddha (le nenbutsu est en fait l'invocation du nom du bouddha Amida)
- Ji, école de l'Heure
Les écoles dites Zen, fondées sur la « méditation silencieuse » inspirant le bouddhisme zen japonais
- Rinzai, école du bonze chinois Linji
- Soto, école des bonzes chinois Chaoshan Benji (Cao-So) et Dongshan Liangjie (Dong-To)
- Obaku, école du mont Huang Bo (montagne chinoise de la province du Fujian, où se situe le temple fondateur), influencée par la Terre pure
Cette liste de courants et d'écoles présents au Japon reste non exhaustive. Après de multiples subdivisions, le pays compte plus de 184 000 groupes religieux. Même si le bouddhisme a perdu de nombreux adeptes au Japon, où la plupart des habitants se déclarent aujourd'hui sans religion, les enseignements et les habitudes ont traversé les siècles.
Par exemple, la consommation de viande (singe, bœuf, poulet) était interdite pendant près de 1200 ans sur l'archipel. Les Japonais consomment aujourd'hui principalement du poisson. C'est un des nombreux héritages laissés par le bouddhisme dans la culture japonaise.
Le thé en poudre, le matcha, fait partie du même héritage : ce sont des moines de l'école Rinzai qui ont popularisé sa préparation dans les monastères, avant que la cérémonie du thé ne s'ouvre à la société. Boire lentement, dans un bol imparfait, c'est déjà du wabi-sabi, cette beauté qui accepte la trace du temps.

Lieux de cultes bouddhiste sur l’archipel

Les lieux de culte sont très nombreux au Japon. On compte presque 76 000 temples bouddhiques sur l'archipel nippon. Les temples bouddhistes, appelés tera ou jiin en japonais, sont généralement construits sur le même modèle.
À l'instar d'une église ou d'un monastère chrétien, on y retrouve les mêmes éléments : des cloîtres, des bâtiments, des salles d'études ou encore des pagodes.
Des statues Komainu ornent l'entrée des sanctuaires japonais, comme dans les temples consacrés au shintō et aux Kami. On y trouve également des statues de bouddha, de l'encens et des divinités inspirées par les différentes écoles bouddhiques. Beaucoup de temples délivrent aussi des omamori (お守り), ces petites amulettes de tissu que l'on garde sur soi comme porte-bonheur.
Dans ces temples on peut y étudier la voie du bouddha, appréhender les lois du dharma, la pratique bouddhiste ou encore tenter d'apprendre le côté spirituel de la nature de bouddha.
FAQ
Est-ce que les Japonais sont bouddhistes ?
Une large part de la population déclare n'avoir aucune religion, tout en participant à des rites bouddhistes et shintō. Les funérailles se déroulent généralement au temple bouddhiste, les mariages et les fêtes de l'enfance au sanctuaire shintō. Il s'agit souvent d'une pratique culturelle plus que d'une foi affirmée.
Quelle est la religion dominante au Japon ?
Le shintoïsme et le bouddhisme sont les deux traditions majeures, et elles se partagent le pays sans rivalité. Le shintoïsme est né sur l'archipel, le bouddhisme est arrivé plus tard de Chine et de Corée. Beaucoup de Japonais fréquentent les deux au cours d'une même année.
Quel est le symbole bouddhiste japonais le plus important ?
La fleur de lotus ( renge 蓮華) tient la première place : elle pousse dans la vase et s'ouvre pure à la surface, image de l'éveil. Vous la verrez sous les pieds des statues de bouddha et gravée sur les autels. La roue du dharma, aux huit rayons, symbolise pour sa part l'enseignement et le chemin à suivre.
Quel objet rapporter d'un temple bouddhiste ?
Les temples proposent des omamori, des encens et des carnets de calligraphie goshuin où un moine apposera le sceau du lieu. Le daruma, lui, se trouve surtout dans les temples de l'école zen et lors des foires de début d'année. Ce sont des souvenirs vivants, qui gardent un usage une fois rentré chez vous.


1 commentaire
Bonjour et merci pour cet historique très intéressant.
Au sujet du terme zen l’un de mes amis japonais m’avait expliqué qu’il évoquait l’idée de répétition et non celle de calme qui est généralement admise par les occidentaux.
C’est pourquoi,parmi les différentes « voies » du zen,on trouve la calligraphie,la psalmodie,le Kendo et le Kyudo.
Qu’en pensez-vous ?
Bien Cordialement
Jean-Charles Soltes