Une cascade, une silhouette en kimono, une mélodie de biwa (琵琶, luth japonais à quatre cordes). Puis, sous la soie, huit pattes.
Jorogumo (絡新婦) est une créature démoniaque du folklore japonais. C'est un yokai (妖怪, esprit surnaturel) au buste de femme séduisante et au corps d'araignée tueuse. Selon la tradition, une araignée qui atteint quatre cents ans obtient ce pouvoir de métamorphose.
Pour en savoir plus sur les mythes japonais et les différents démons du folklore shintō, voici une liste des Yokai les plus connus et dangereux de la culture japonaise. Découvrons d'abord ce qu'est vraiment un Jorogumo. Et pourquoi vous en méfier.
L'essentiel
- Jorogumo (絡新婦) signifie littéralement « épouse enchevêtrée », un yokai mi-femme mi-araignée.
- La légende dit qu'une araignée devient Jorogumo après quatre cents ans d'existence.
- Elle attire ses proies par sa beauté et par la musique du biwa, avant de les emprisonner dans sa toile.
- Les récits populaires évoquent le feu, la terre de diatomée ou un cœur déjà pris comme protections.
- Elle reste très présente dans les mangas, les animés, les jeux vidéo et le tatouage japonais.
Qu'est-ce qu'un Jorogumo ?

Un Jorogumo est l'évolution d'une araignée qui reçoit des pouvoirs magiques lorsqu'elle atteint quatre cents ans de vie. Son anatomie change radicalement. Sa forme évolue et elle se transforme en une femme belle et séduisante. Elle cesse de se nourrir d'insectes pour dévorer des humains. Elle attire dans son nid les jeunes hommes en quête d'aventures d'un soir, grâce à sa beauté et à la mélodie qu'elle joue au biwa.
Lorsque cette créature japonaise est sur le point de manger, elle abandonne sa forme humaine et devient une gigantesque araignée. Sa taille peut atteindre deux mètres de haut, ses pattes se rejoignant pour former son abdomen.
Ces araignées sont des créatures solitaires. Elles vivent au fond des forêts, dans des grottes éloignées ou dans des maisons abandonnées, loin de la société.
Les Jorogumo sont des êtres intelligents, rusés et sans cœur, dotés d'une faim insatiable. Cette dualité entre visage gracieux et créature dévorante, les artisans du masque japonais l'ont travaillée pendant des siècles. C'est le même principe que le hannya (般若), le masque de femme devenue démone par la jalousie.

Pouvoir magiques

Pendant la période Edo (1603-1868), les histoires de belle femme attirant les hommes dans sa cachette circulaient beaucoup. La femme jouait ensuite de son biwa et donnait vie à une mélodie envoûtante. Cette musique hypnotisait la victime, pendant qu'elle l'enveloppait d'une toile presque impossible à rompre.
En plus de leur toile, ces esprits japonais possèdent un venin mortel qui affaiblit lentement leur proie. Elles mangent les hommes dans le plus grand calme. Parfois, leurs victimes servent à l'incubation de leur future progéniture. Ou bien elles gardent leur humain pour un prochain repas.
Les Jorogumo contrôlent les autres araignées par leur magie, pour détecter l'emplacement d'une nouvelle victime ou suivre sa trace.
Elles crachent aussi un acide capable de brûler les os de leurs proies. Cette capacité leur sert à couvrir leurs traces quand elles se sentent menacées ou sur le point d'être découvertes.
Elles courent très vite et sautent avec une grande puissance. De quoi rattraper une victime qui tente de fuir.
Elle peut également construire de vastes toiles pour faciliter la chasse.
Elle escalade les murs et se déplace avec une furtivité redoutable.
Comment échapper à un Jorogumo ?

La légende japonaise raconte que la seule manière d'échapper à un Jorogumo est d'aimer une personne de tout son cœur. Impossible alors de tomber sous le charme de cette femme séduisante et de sa musique hypnotique.
Si votre cœur n'appartient à personne, il reste la diatomite, une poudre issue d'algues fossilisées. Cette poudre déshydraterait totalement le corps de l'arachnide.
Les Jorogumo craignent aussi le feu, ce qui permettrait de les brûler. On dit que les samouraïs de la période Edo tentaient de les tuer au sabre ou au pieu, en perforant le thorax ou l'abdomen de la bête. C'est le moyen le plus difficile, car ce sont des créatures très puissantes.
Une autre protection consiste à frotter un mélange d'huile de feuilles de menthe, de citron et d'un peu d'eau. Elles détestent cette odeur.
La légende de Jorogumo

Il existe plusieurs histoires impliquant cette créature mythologique. Voici la plus populaire, souvent rattachée à la cascade de Jōren, dans la péninsule d'Izu.
Un homme se reposait au bord d'une chute d'eau quand il sentit ses pieds collés à une puissante toile d'araignée. Il réagit vite et réussit à s'échapper. De retour au village, il avertit les habitants de la présence de cette créature. Ils la nommèrent Jorogumo.
Un bûcheron arriva ensuite dans la région et perdit sa hache dans l'eau du lac. Une belle femme apparut et lui rendit son outil. Avant de disparaître, elle lui demanda de ne raconter à personne ce qui s'était passé, car le village répandait de fausses rumeurs à son sujet.
Le temps passa. Un soir d'ivresse, l'étranger révéla son histoire. Il s'endormit comme à son habitude et ne se réveilla plus. Ce n'est peut-être que le début de son cauchemar.
Ce théâtre de la beauté trompeuse, on le retrouve sur les scènes du nō (能), où le masque change de visage selon l'inclinaison de la tête.

Jorogumo aujourd'hui

Cet être fantastique reste très populaire dans la culture pop japonaise. L'araignée Jorogumo a fait des apparitions dans des séries télévisées, comme :
- Gravity Falls, qui lui a consacré un épisode entier de la série intitulé "Roadside Attraction".
- Une autre mention du personnage se trouve dans la série "SOOS", dans le chapitre : "La montagne du secret" où elle est mentionnée.
- Dans l'anime "Dororo", un Jorogumo apparaît comme l'un des principaux méchants de cette animation.
- Dans un des épisodes de la série d'animation Love, Death + Robots, l'épisode Derrière la faille raconte l'histoire d'un vaisseau perdu dans l'espace. En réalité, les hommes du vaisseau sont dévorés petit à petit par une femme araignée qui contrôle leur esprit.
- Dans le jeu vidéo, certains boss de fin sont des démons araignées : jorogumo Nioh
Le motif circule aussi hors des écrans. Les tatoueurs de style irezumi (刺青, tatouage japonais traditionnel) l'associent volontiers aux fleurs et aux vagues. Côté décoration, le même goût du récit se retrouve sur les objets du quotidien, des estampes aux boîtes à thé japonaises ornées de motifs anciens.
Que pensez-vous de l'histoire de cette créature ? L'important est que vous sachiez maintenant comment agir si vous en croisez une.
FAQ
Quelle est l'araignée la plus venimeuse au Japon ?
L'araignée jorō (Trichonephila clavata), qui a donné son nom au yokai, n'est pas dangereuse pour l'humain. Les araignées réputées les plus problématiques sur l'archipel sont des espèces du genre Latrodectus, apparentées à la veuve noire, introduites depuis les années 1990. Les morsures restent rares.
Quelle est la signification d'un tatouage de Jorōgumo ?
Il évoque la séduction dangereuse, la ruse et le piège tendu par la beauté. Beaucoup y voient aussi une figure de la femme puissante qui ne se laisse pas capturer. La lecture dépend toujours de la composition choisie avec le tatoueur.
Quel est le yokai le plus terrifiant ?
Aucun classement officiel n'existe. Les récits populaires citent souvent le oni (鬼, démon cornu), le yūrei (幽霊, fantôme vengeur) ou la kuchisake-onna, la femme à la bouche fendue. Jorogumo figure parmi les plus troublants, parce qu'elle attaque par la confiance.
Quelle est la femme araignée japonaise ?
C'est précisément Jorogumo (絡新婦). Son nom se traduit par « épouse enchevêtrée », un jeu d'écriture qui joue sur le fil, le lien et le mariage. Elle apparaît dès l'époque Edo dans les recueils illustrés de yokai.
Explorer la collection Boite à thé Japonais
Si les légendes du Japon vous accompagnent jusque dans votre cuisine, je vous invite à parcourir nos boîtes à thé japonaises et leurs motifs traditionnels.
Découvrir la collection →
