Sukeban : les gangs d'écolières japonaises

sukeban

Découvre dans cet article l' histoire des Sukeban : les gangs japonais d'étutiantes des années soixante dix.

Les sukeban sont perçus comme des écolières violentes et des bagarreuses impitoyables dans de jolis uniformes. Les sukeban sont une sous-culture nippone d'après guerre.

Les sukeban ont suscité la fascination de la culture pop japonaise, devenant non seulement une obsession des journaux télévisés, mais aussi un sujet de prédilection pour une vague de films érotiques. Les personnages sukeban sont très populaires dans les bandes dessinées et les films d'animation japonais (manga et animé).

Si tu souhaites savoir à quoi ressemble une écolière japonaise sukeban, souviens toi du personnage de Gogo Yubari. C'est une étudiante tueuse, lanceuse de chaînes et d'épées du film Kill Bill Volume 1 de Quentin Tarantino.

gogo-yubari

Ne te laisse pas avoir par leur look mignon, les sukeban japonaises étaient bien réelles et aussi dangereuses que les Yakuza. Les photos authentiques de sukeban (qui ne sont pas des photos de films) sont d'ailleurs très rares.

Au lieu de cela, le sukeban était une sous-culture nippone réelle et dynamique composée de filles rebelles qui, préférant l'uniforme de l'école aux vêtements en cuir empruntés aux garçons, voulaient prouver que la féminité et la force n'étaient pas incompatibles.

Nous verrons dans cet article :

  • La signification du mot japonais sukeban
  • Le style écolière japonaise sukeban
  • L'origine de 'l'uniforme japonais
  • Les armes Sukeban
  • L'impact culturel de ces gangs d'écolières
  • Les films et séries autour des sukeban
  • Le lien entre le gang de motard bosozoku et ces étudiantes en jupe

Sans plus attendre, découvrons ensemble l'univers japonais des sukeban et tout sa complexité...

Signification Sukeban

sukeban-movies

Traduit en argot par "girl boss", le terme sukeban a été utilisé pour la première fois afin de décrire le mouvement des gangs de rue composés uniquement de filles qui émergea au Japon à la fin des années 60.

Elles s'inspirent des gangs masculins qui n'acceptaient pas de membres féminins. On appelaient ces groupes des yankii en raison de leur affinité avec la culture américaine. Les sukeban se sont forgées également une identité propre et cela commence par leur code vestimentaire : l'uniforme sailor fuku...

Style écolière japonaise

sukeban-fashionsukeban fashion

Pour la jeunesse japonaise des tumultueuses années 1970, les uniformes occidentaux de style marin étaient un symbole de tradition. En effet, on a tendance à penser que le costume de marin super "kawaii" est une invention moderne (merci, Sailor Moon). En réalité, le seifuku a été popularisé par le système éducatif au sur l'archipel nippon depuis le début du 20e siècle.

Au début des années 70, les filles dites "délinquantes" se constituaient leur propre signature stylistique avec un uniforme personnalisé.

Elles portaient une longue jupe plissée, défiant la mini-jupe qui avait gagné en popularité dans les années 60 pendant la révolution sexuelle. La jupe était surmontée d'un chemisier à manches longue et d'une cravate non nouée sous le col.

Bien qu'elles portaient des jupes longues, chaque femme coupait souvent sa blouse pour exposer sa poitrine et sublimer sa féminité et son côté sexy...

Elles portaient également des baskets Converse (ou des derbies). Leurs vêtements femme comportaient souvent des modifications faites à la main. Pour affirmer leur personnalité, il était commun de broder des patchwork, des badges, des pins et des boutons additionnels.

L'aspect débraillé était essentiel, avec peu de maquillage (bien que les sourcils soient censés être extrêmes et fins). Elles portaient aussi des accessoires supplémentaires comme des foulards et des chaussettes hautes et larges.

Uniforme japonais

sukeban-uniformSukeban uniforme avec un masque hannya brodé

Une fois diplômés, celles qui s'identifiaient comme sukeban continuaient à porter leur uniforme, brodant des roses et des messages anarchiques en caractères kanji sur le tissu. Ce besoin de personnalisation reflétait parfaitement le mouvement punk britannique de l'autre bout du monde.

En Grande-Bretagne, les premiers punks des banlieues s'emparaient des icônes et logo de leurs écoles. Ils personnalisaient leurs blazers avec tout ce qui leur tombait sous la main. Ils hérissaient aussi leurs cheveux à l'aide d'ingrédients de cuisine. On pouvait voir sur leur bomber des badges anarchistes surdimensionnés avec des épingles à nourrice...

Où que l'on soit, les uniformes scolaires ont toujours eu un rôle à jouer dans la formation des sous-cultures et des modes d'expression des adolescents. L'uniforme dans sa nature profonde symbolise un sens des contraintes sociétales de l'habillement dès le plus jeune âge. C'est aussi la plate-forme parfaite pour ajuster les codes de style que l'on a reçus dans la vie.

Les armes Sukeban

sukeban-deka-cosplaySplendide sukeban deka cosplay

Le message des étudiantes sukeban pour le reste de la société japonaise, est celui d'une violence sans limites. Les filles sukeban dissimulaient des armes comme des lames de rasoirs, des chaînes, des épées en bambou.

En effet, la confrérie des sukeban rivalisait avec leurs homologues masculins en matière de violence et de criminalité : elles affrontaient des factions rivales, punissaient les filles de leurs propres groupes (par exemple, pour avoir trompé le petit ami d'une autre).

Les filles étaient issues de familles de la classe ouvrière et étaient conscientes qu'elles ne s'élèveraient probablement jamais au-dessus de leur situation sociale. Le mouvement sukeban leur offrait ce que la plupart des gangs offrent : un sentiment d'appartenance.

Il leur permettait également de se rebeller contre les normes de genre et les attentes traditionnelles en matière de comportement féminin. Cela leur donnait du pouvoir, bien que la violence et la petite délinquance ne soient pas les formes idéales d’affirmation.

Culture Sukeban

sukeban-artSukeban art de Shohei otomo, le fils du créateur du manga akira

Ces criminelles avaient leur propre code de justices. Elle se livraient à de petits délits et les gangs se s'affontaient tout en respectant à un code de l'honneur strict. Les gangs étaient hiérarchisés, à l'image du crime organisé et des yakuza. Elles disposaient d'un système de punitions pour les infractions aux règles.

Ce système, appelé "lynchage", comportait plusieurs niveaux de punition. Par exemple, si une fille était déloyale, se droguait ou volait le petit ami d'une autre, les brûlures de cigarettes étaient une punition mineure.

Mais malgré une réputation connue pour son haut niveau de criminalité, la culture sukeban était centrée sur un système de croyances qui mettait les filles au premier plan par-dessus tout.

Elles portaient des jupes longues pour réagir contre la révolution sexuelle des années 60. Ainsi, elles montraient que leur existence n'était pas définie par les désirs des spectateurs masculins.

Dans les années 90, cette tendance s'est complètement inversée. L'image de "bad girl" fait place à une femme qui porte des tonnes de maquillage et qui  remonte sa jupe au niveau de la taille pour la transformer en mini-jupe ultra-courte et sexy.

La plupart des sukeban se livraient à des délits mineurs. Mais certaines d'entre elles faisaient preuve d'une violence extrême. Le plus terrifiant était un groupe d'une cinquantaine de filles dirigées par K-Ko le rasoir. Elles cachaient des rasoirs enveloppés dans le tissu de leur soutien-gorge ou entre leurs seins. Elles pouvaient ainsi sortir leur rasoir et couper le visage de leur ennemi.

L'impact culturel des sukeban

sukeban-girl-gangSukeban girl gang

Il ne s'agissait pas d'un mouvement isolé. Le nombre total de membres des gangs sukeban s'élevaient à des dizaines de milliers. Leur taille variaient d'environ 80 personnes pour le "United Shoplifter's Group" de Tokyo à 20 000 pour la "Kanto Women's Delinquent Alliance".

Dans les années 70, le Japon avait du mal à suivre le rythme des importations culturelles américaines. Même les grands studios de cinéma japonais ont constaté que seules les productions érotiques pouvaient les maintenir à flot. C'est alors qu'apparaissent les "films roses" : un cinéma à caractère sexuel qui s'inspire de la culture sukeban.

Films japonais et séries japonaises

sukeban-dekaSukeban Deka

Le sukeban a inspiré des films, notamment ceux produits par Toei Company, tels que Lynch Law Classroom et Girl Boss Guerilla. Parmi les stars figuraient le duo Miki Sugimoto et Reiko Ike, ainsi que l'ancienne reine de beauté Reiko Oshida, et le réalisateur qui a essentiellement créé le genre était Norifumi Suzuki.

Ces films ont donné une image exagérée des sukeban, les faisant passer du statut de truands à celui d'anti-héros brandissant des sabres de samouraï : katana.

Le grand studio Toei a lancé sa série "Pinky Violence" avec Delinquent Girl Boss au début des années 70, suivi plus tard par les films Girl Boss (Sukeban) de Norifumi Suzuki et la série Terrifying Girls' High School.

Construits à la manière des films de Russ Meyer avec des héroïnes nippones qui s'inspirent de Tura Satana pour battre les garçons. Ces films ont transformé les actrices Reiko Ike et Miki Sugimoto en véritable stars...

Les gangs de motards Bosozoku et les sukeban

Aujourd'hui, l'esprit des gangs de filles japonaises sukeban continuent de survivre à travers une autre sous-culture : les gangs de motards bosozoku.

Mieux connus en anglais sous le nom de "speed tribes", les gangs de filles bōsōzoku sont apparus lorsque les petites amies des membres masculins des gangs de motards en ont eu assez d'être coincées à l'arrière de la moto.

La tradition japonaise veut que les jeunes femmes soient censées se marier et s'installer au Japon afin devenir une mère de bonne famille. Cette sous-culture hors-la-loi composée uniquement de filles s'est imposée comme une alternative pour ces jeunes femmes.

Aujourd'hui, tu peux les repérer grâce à leurs combinaisons brodées, leurs tatouages floraux, leurs ongles longs et manucurés et leurs motos rose vif. Généralement considérés comme une sous-culture distincte de délinquants, les bōsōzoku féminins sont néanmoins liés à la culture sukeban. Le concept reste le même dans le sens ou elles refusent de s'incliner devant les garçons...

Conclusion

Au Japon dans les années soixante-dix, le concept des sukeban a commencé comme une volonté des étudiantes d'affirmer leur différenciation et leur solidarité...

Mais ce mouvement a rapidement été déformé et érotisé par une industrie cinématographique orientée pour les hommes. À date il est dommage que seuls des films comme Terrifying Girls' High School : Lynch Law Classroom soient parmi les seuls documents disponibles sur la complexité, l'histoire et la culture légendaire des Sukeban...

Si tu souhaites cependant en apprendre plus sur les gangs japonais, nous t'invirons à lire notre article sur le gang bosozoku


Écrire un commentaire

Les commentaires doivent être approuvés avant d'être affichés