Hannya le démon vengeur

Un visage de femme pâle, deux cornes courtes, une bouche ouverte sur des crocs. Ce masque vous a peut-être fixé depuis une vitrine, un dos de veste ou l'épaule tatouée de quelqu'un dans le métro.

Hannya (般若) désigne un démon femelle des légendes japonaises, un oni né de la jalousie et de la rage d'une femme trahie. Dans le folklore japonais, ce type de yōkai (créature surnaturelle) est aussi appelé kijo (femme-démon). Ce sont des oni qui apparaissent dans le théâtre nō.

Dans les mythes nippons, il s'agit d'une jeune femme en colère consumée par une jalousie destructrice. Elle se transforme en monstre tourmenté, ogre ou fantôme. Le nom du démon hannya désigne également un type précis de masque oni (masque de démon) utilisé dans le théâtre nō, le folklore et la mode japonaise.

L'essentiel

  • Hannya est une femme transformée en démon par la jalousie et le chagrin, pas une créature née monstre.
  • Son nom vient du sanskrit prajñā, « la sagesse » : le masque porte donc un sens double, destruction et protection.
  • Il existe trois stades : namanari, chūnari et honnari, du plus humain au plus démoniaque.
  • Le masque de théâtre nō change d'expression selon l'inclinaison du visage de l'acteur.
  • En tatouage irezumi, la teinte du masque et les motifs qui l'entourent modifient toute la lecture du dessin.

Pour le peuple japonais, le mot Hannya viendrait de l'artiste et sculpteur de masques Hannyabô. Il aurait sculpté le tout premier masque en bois Hannya, en adaptant le dessin des masques de serpent.

Une autre théorie fait dériver « Hannya » du mot "Paññā/Prajñā" (般若), qui signifie « sagesse » ou « conscience supérieure » dans le bouddhisme japonais. La signification de cette créature yōkai est donc double. C'est un paradoxe : symbole de vengeance et de destruction d'un côté, talisman de protection contre les mauvais esprits de l'autre.

Que signifie Hannya ?

demon-hannya
Illustration par Evaty

Hannya vient du terme sanskrit qui désigne la sagesse. Plus précisément Prajñāpāramitā, la plus haute forme de sagesse bouddhiste, celle qui conduit à l'illumination. Ce rapprochement entre la sagesse suprême et une créature qui en est l'opposé direct vient de l'usage du masque hannya dans le nō.

Dans la pièce Aoi no Ue, un shugenja (un mystique ascétique) exorcise l'esprit de la dame hannya Rokujō, qui possède Lady Aoi. Alors qu'il est chassé, le mauvais esprit s'écrie : « Oh, comme c'est horrible. La voix de la sagesse est comme un démon. »

Depuis, les masques de démons japonais et la sagesse restent associés l'un à l'autre. C'est cette dualité qui explique qu'on porte aujourd'hui Hannya comme un signe de protection, et pas seulement comme une image effrayante.

Beaucoup de personnes préfèrent d'ailleurs garder ce symbole près d'elles sous une forme discrète, au bout d'une chaîne plutôt que sur un mur.

Pendentif Hannya argenté représentant un démon Oni avec cornes et crocs
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Les formes du démon japonais Hannya

La transformation en hannya se fait par étapes. La tradition en distingue trois, du visage encore humain au démon accompli.

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Illustration d'Electro Dan (de gauche à droite, namanari, chunari, honnari)

Il existe trois catégories d'hannya dans la culture nippone :

  • Namanari
  • Chūnari
  • Honnari

Dans la religion shintō, les hannya namanari sont des kijo qui ressemblent encore à des femmes humaines. Elles ont de petites cornes et utilisent la magie noire pour accomplir leurs mauvaises actions, par exemple invoquer un ikiryō (esprit d'une personne vivante).

Dans le folklore japonais, c'est un fantôme qui terrifie les vivants. Les hannya namanari ne sont pas complètement maléfiques : il reste une chance, pour ces apprenties démones, de revenir à l'humanité.

Les chūnari hannya sont des oni de niveau intermédiaire. Elles ont de longues cornes acérées, des crocs semblables à des défenses et une magie plus puissante. Elles restent cependant vulnérables aux prières bouddhistes.

Les honnari hannya sont de véritables démons, les plus puissants des trois. Leur corps serpente sur le sol et crache du feu. Elles ont tellement assouvi leur jalousie et leur désir de vengeance qu'il n'existe plus aucun moyen de calmer leur fureur.

Les trois hannya les plus célèbres de la littérature japonaise et asiatique sont Lady Rokujō dans Aoi no Ue, Kurozuka dans Kurozuka, et Kiyo-hime de Dōjō-ji (illustrations par Matthew Meyer).

Lady RokujoLady Rokujō est une femme japonaise qui apparaît dans la pièce Aoi no Ue. Cette pièce est tirée du roman du XIe siècle Le Dit du Genji. Le livre suit la vie d'Hikaru Genji, un noble de l'époque Heian. La transformation de Lady Rokujō, de femme de cour à démon japonais, en a fait l'un des monstres les plus connus du théâtre nippon. Son nom vient de Rokujō, le quartier de Kyoto où elle vivait.
Délaissée par Genji lorsque celui-ci devient père, elle ne peut contenir la haine et la jalousie qui rongent son âme. La rage aveuglante qui l'habite la transforme en démon. Elle possède la femme de Genji et la tue.

KurozukaKurozuka est la femme-démon la plus connue du folklore japonais. On l'aperçoit dans tout l'art traditionnel japonais : peinture, gravure ukiyo-e, pièces de nō, estampes, théâtre dramatique.
Elle porte de nombreux noms dans la culture japonaise. Kurozuka, la sorcière des « monticules noirs ». Mais aussi la démone d'Adachigahara, ou Onibaba, « la vieille femme démoniaque ».

KiyohimeKiyohime est l'une des antagonistes les plus célèbres de la littérature japonaise, et un exemple parfait de hannya honnari. C'est une femme démoniaque qui a atteint le niveau de puissance maximum. Elle apparaît dans la légende d'Anchin et Kiyohime, ou princesse Kiyo, un conte ancien de la préfecture de Wakayama. Des versions de l'histoire figurent dans plusieurs livres anciens. Son récit est repris dans la célèbre pièce Dōjō-ji.

Masque de théâtre No

Le masque Hannya est utilisé dans les spectacles de théâtre nō et de kyōgen (pièces classiques nourries de folklore et de surnaturel). Il représente un démon féminin tourmenté, dépassé par sa propre jalousie et son mépris.

Il montre un visage tordu et démoniaque, avec des yeux qui laissent deviner la mélancolie et le chagrin. Il porte des cornes et des dents pointues. Les guerriers japonais de l'époque Edo avaient pour habitude de porter un masque de samouraï (mempo) sur le champ de bataille, afin d'effrayer leurs ennemis.

Au pays du soleil levant, les masques de nō sont fabriqués à la main, dans du bois de cyprès. Ils sont ensuite peints puis recouverts de laque. Ils ont la particularité de refléter la lumière.

Cela crée une multitude de facettes et d'expressions, ce qui sert le jeu de scène de l'acteur. Ce sont de véritables objets d'art. Ils sont attachés à la tête de l'acteur à l'aide d'un ruban, et leurs dimensions sont plus petites que son visage.

Chez nous, les masques Hannya sont façonnés et peints à la main par des artisans, dans cet esprit wabi-sabi qui accepte la légère irrégularité comme une signature : chaque pièce est unique.

Masque Hannya Traditionnel
La reco de KumikoMasque Hannya Traditionnel★★★★★(2)Je le recommande à celles et ceux qui veulent la version la plus fidèle au visage du nō, avec sa peinture faite main et ses nuances qui bougent selon l'éclairage de la pièce.94,99 €149,99 €Voir le produit →

Signification tatouage Hannya

masque-hannya-tatouage

Le tatouage hannya est l'un des motifs japonais les plus demandés. Ce démon est dessiné avec des cornes, des yeux sombres, une lueur inquiétante dans les pupilles et une large bouche aux dents acérées.

Derrière ce rictus se cache une histoire précise, et quelques codes de lecture que l'on ignore souvent.

Signification des couleurs du tatouage hannya

Le tatouage de masque Hannya est parfois confondu avec le masque oni ou le masque kabuki (issu du théâtre kabuki).

Dans l'art du tatouage traditionnel japonais, l'irezumi, plus la couleur d'un masque Hannya est foncée, plus la symbolique exprime la rage, la colère et la haine.

  • Un masque Hannya au teint clair signifie que celle qui le porte n'est pas encore un démon. Les cornes sont généralement plus petites.
  • Un tatouage Hannya de couleur claire indique que le porteur est encore humain, mais qu'il traverse des troubles.
  • Un rouge plus foncé représente une personne au passé émotionnel très compliqué.
  • Un rouge foncé profond symbolise quelqu'un rempli de rage et en quête de vengeance.

Signification des motifs japonais avec un tatouage hannya

Masque Hannya et motif serpent :

Hannya TatouageC'est l'un des tatouages nippons les plus répandus chez les yakuza. Le serpent représente la chance et la protection. Dans les contes japonais, il symbolise aussi l'immortalité. Un masque Hannya associé à un serpent peut donc signifier la chance, ou souligner que la rage de celui qui le porte ne mourra jamais.
Pour ces mafieux japonais, les tatouages renvoient à de grandes vertus : loyauté, patience, dévotion, persévérance.

Un tatouage intégral peut demander jusqu'à 500 heures de travail. « Gaman kurabe », dans la langue japonaise, signifie « comparer l'endurance ». Supporter l'insupportable, telle serait la marque d'un vrai yakuza. Un conseil tout de même : si vous vous rendez dans un onsen (bain thermal) ou un ryokan (auberge traditionnelle) et que vous croisez un groupe d'hommes tatoués intégralement, mieux vaut ne pas s'attarder.

Masque Hannya et motif chrysanthème : les fleurs sont des motifs très présents autour de ce démon. Comme le chrysanthème fleurit en automne, cette association représente une personne angoissée qui cherche à échapper à son état émotionnel.

Masque Hannya et motif sakura (fleur de cerisier) : les fleurs de cerisier évoquent la vie après la mort ou la maladie. Un tatouage Hannya entouré de cerisiers en fleurs symbolise l'accès à une vie meilleure après un passé tourmenté.

Masque Hannya et motif vague (nami) :

Tatouage demonComme Hannya, les vagues japonaises sont imprévisibles. Toutes deux peuvent être destructrices. Toutes deux connaissent aussi des moments de calme et de solitude.

Masque Hannya et motif feuilles d'érable : les feuilles symbolisent le cycle de la vie. Associées au masque, elles peuvent représenter une personne en trouble émotionnel qui aspire à un avenir meilleur.

Masque Hannya et motif crâne : le crâne japonais est une représentation positive du cycle de la vie. Il sert généralement à honorer les morts. Il peut aussi évoquer le monde souterrain et une existence démoniaque.

Masque Hannya et motif carpe koï : dans le shintoïsme, ce poisson légendaire incarne la bravoure, la force et la détermination. Un tatouage Hannya koï symbolise le courage face aux situations qui provoquent jalousie et vengeance. Il peut aussi signaler que celui qui le porte est déterminé à faire des ravages.

Masque hannya et motif dragon japonais : dans la culture orientale, le dragon est une créature bienveillante. Il met sa force au service du bien. Un tatouage de dragon japonais avec un masque Hannya symbolise la lutte entre le pouvoir employé pour une vengeance haineuse et la quête du bien.

Masque Hannya et samouraï : le guerrier samouraï est un symbole de force et de discipline, quand Hannya incarne le comportement incontrôlable. Ce contraste fait tout l'intérêt du tatouage. Il peut représenter la lutte éternelle entre la pensée maîtrisée du samouraï et les émotions non contrôlées qui blessent.

Masque Hannya et geisha : la geisha renvoie au pouvoir et au mystère féminins. Artiste de divertissement, elle reste une figure énigmatique que peu de personnes approchent.

Elle représente donc aussi ce qui est inaccessible. Un masque Hannya associé à un tatouage de geisha symbolise une femme émotionnellement complexe et hors d'atteinte. Sur un homme, cette combinaison peut évoquer une femme aux traits similaires présente dans sa vie.

Tatouage d'un masque Hannya brisé :

Hannya MaskIl évoque la malchance ou la perte de contrôle face à la jalousie. Le masque Hannya reste un paradoxe, lu tantôt positivement, tantôt négativement. Cette dualité en fait une amulette de chance autant qu'une image du mal.
Un tatouage Hannya brisé peut symboliser l'illumination, celle qui dépasse l'esprit terrestre et touche au moi supérieur. À l'inverse, il renvoie aussi aux émotions humaines les plus banales et au manque de discipline pour les contenir : jalousie, rage, colère.

Hannya dans la culture pop japonaise

hannya-mangaExtrait de l'animé Kakuriyo no Yadomeshi

Porter un masque hannya reste courant au théâtre nō, mais la figure circule surtout aujourd'hui dans les médias, les arts, les films japonais et les mangas. Vous l'avez sans doute déjà aperçue dans un animé ou une bande dessinée japonaise.

Dans l'animé Kakuriyo no Yadomeshi, nous suivons les aventures d'Aoi Tsubaki. Un jour, en passant devant un torii (portail de sanctuaire), elle croise un ayakashi (esprit) assis là, qui lui annonce qu'il a faim.

Ce mystérieux personnage cache son visage derrière un masque hannya blanc. Après avoir partagé avec lui le contenu de son bentō, Aoi est enlevée par cet ogre nommé Odanna.

Dans le shōnen Naruto, un membre des Anbu, commando ninja du village caché, porte un masque oni hannya.

Toutes ces apparitions ont largement nourri la popularité d'Hannya, jusque dans nos garde-robes. Le motif se glisse aujourd'hui sur des pièces que l'on porte en ville, et il revient souvent dans les sélections de fin de saison.

Image bannière réalisée à partir du travail de l'illustrateur Jiaxian Jan.

FAQ

Quelle est la signification du démon Hannya ?

Hannya représente une femme dévorée par la jalousie et le chagrin, au point de perdre son humanité. Son nom vient pourtant du sanskrit prajñā, « la sagesse ». C'est cette tension entre souffrance et sagesse qui fait du masque à la fois une image de vengeance et un talisman de protection.

Quelle est la différence entre Hannya et Oni ?

Oni (鬼) est le terme général pour les démons japonais, souvent masculins, à la peau rouge ou bleue et armés d'une massue. Hannya est un type précis d'oni : une femme devenue démone par jalousie, reconnaissable à ses deux cornes, ses yeux métalliques et sa bouche ouverte. Tout hannya est un oni, l'inverse n'est pas vrai.

Quel est le démon japonais le plus puissant ?

Le folklore cite souvent Shuten-dōji, le roi des oni du mont Ōe, comme le plus redoutable. Côté hannya, c'est la forme honnari qui représente le stade ultime : un corps de serpent, du feu et plus aucune prière capable de l'apaiser. Kiyohime en est l'exemple le plus connu.

Peut-on porter ou exposer un masque Hannya sans faux pas ?

Oui. Au Japon, ces masques se portent lors des matsuri (fêtes traditionnelles) et se vendent comme objets décoratifs. Pour une convention ou un cosplay, vérifiez la profondeur du masque et la solidité de l'attache. Chez vous, un mur clair et un éclairage latéral mettent en valeur les reliefs peints à la main.

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