Un portique rouge planté au bord de l'eau, puis, deux rues plus loin, l'odeur de l'encens devant un temple. Au Japon, les deux coexistent sans se contredire. Les principales religions du Japon sont le shintoïsme et le bouddhisme. Cette seconde pratique religieuse est arrivée via la Chine vers le 6e siècle.
Voici les différentes religions présentes au Japon, ainsi que les principales caractéristiques du shintoïsme et du bouddhisme.
L'essentiel
- Le shintoïsme est la religion la plus ancienne et la plus suivie du pays.
- Le bouddhisme arrive au 6e siècle et s'installe durablement sous l'impulsion du prince Shotoku.
- Les deux croyances se mêlent dans le shinbutsu shugo, ce qui explique qu'on compte plus de croyants que d'habitants.
- Le christianisme, introduit en 1549, reste la troisième religion avec 1,5 à 2 % de la population.
- Pour beaucoup de Japonais, la religion relève aujourd'hui des gestes du quotidien plus que de la foi déclarée.
Le shintoïsme au Japon
Un petit récapitulatif de notre article sur le shintoïsme, pour cadrer les explications qui suivent.
« Le shinto signifie « la voie des dieux ». C'est la plus ancienne religion du Japon. Les shintoïstes vénèrent les kami et les yokai. Ce sont des créatures divines qui font encore partie aujourd'hui de la culture et du folklore japonais.
Cette foi n'a ni fondateur ni prophète, et il n'existe pas de texte majeur qui en expose les principales croyances. La souplesse de définition qui en résulte pourrait bien être l'une des raisons de la longévité du shinto. Cette religion est tellement liée à la culture japonaise qu'elle en est indissociable dans la vie de tous les jours. Ainsi, les concepts clés du shinto, à savoir la pureté, l'harmonie, le respect de la famille et la subordination de l'individu devant le groupe, sont devenus des éléments du caractère japonais. Que ces personnes soient croyantes ou non. »
Pour de plus amples informations sur la première religion du Japon, référez-vous directement à notre article. On ne connaît pas de fondateur au shintoïsme. Mais les peuples du Japon antique avaient de nombreuses croyances, notamment la possibilité de communiquer avec le monde du divin et avec leurs ancêtres au travers des chamans. Certaines de ces croyances se retrouvent aujourd'hui dans la culture shinto du Japon moderne.
Elles se glissent même dans les objets du quotidien. Les visiteurs d'un sanctuaire en rapportent souvent un omamori (お守り), une petite amulette de tissu censée accompagner son porteur, qu'on garde fermée et qu'on rapporte au bout d'un an.
Au Japon, on estime que les shintoïstes seraient plus de 80 % de la population, alors que les bouddhistes représentent plus de 70 %. On parle souvent de shinto-bouddhisme quand les Japonais croient en même temps, ou par alternance, aux principes de l'une ou l'autre des religions citées ci-dessus. Mais comment est-ce possible ?

Les origines et le développement du bouddhisme au Japon
Le bouddhisme, fondé par Bouddha (ou Gautama Siddhartha) entre le 4e et le 6e siècle avant J.-C., serait arrivé au Japon vers le 6e siècle. À l'époque, le Japon avait sa propre religion, le shintoïsme, ce qui rendait difficile la diffusion du bouddhisme.
Selon l'un des plus vieux livres du Japon et de son histoire, le Nihon Shoki, le bouddhisme a été introduit pour la première fois au Japon au 6e siècle, au cours de la période Asuka, en 552, lors de la 13e année de règne de l'empereur Kinmei. Une statue en bronze doré du Bouddha Shakyamuni et une collection de sutras avaient alors été offertes par le roi Seongmyong de Baekje, à l'époque l'un des trois royaumes de Corée.
À cette période, le peuple et ses croyances shintoïstes freinent la diffusion rapide du bouddhisme dans le pays. Les choses commencent à changer lorsque l'impératrice Suiko, fervente adepte du bouddhisme, monte sur le trône en 592.
Le prince Shotoku, qui servit l'impératrice Suiko en tant que régent, est l'une des figures les plus importantes de la diffusion du bouddhisme, notamment grâce à la construction de nombreux temples dans tout le Japon, comme le temple Shitennoji à Osaka et le temple Horyu-ji à Nara.
Le prince Shotoku est également un homme aux nombreuses anecdotes. Des légendes prétendent qu'il aurait rencontré Daruma, le fondateur du bouddhisme zen, ou qu'il serait la réincarnation du bodhisattva Avalokitesvara. Qu'elles soient vraies ou non, ces anecdotes sur Shotoku ont entraîné une augmentation du nombre d'adeptes du bouddhisme au Japon.
Ce moine a laissé une trace très concrète dans les maisons japonaises. On y pose une poupée ronde et sans bras à son image, le daruma, pour y inscrire un objectif : on peint un œil au moment du vœu, le second quand il est atteint. C'est le principe du Kaizen, l'amélioration par petits pas, résumé dans un objet.

Après les huitième et neuvième siècles, le bouddhisme s'enracine davantage dans la vie quotidienne des Japonais que dans des croyances conceptuelles. Il se lie aussi de plus en plus étroitement à l'ancienne religion japonaise, le shintoïsme. Au fil des siècles, ces deux religions ont presque fusionné face à des problèmes philosophiques communs et sont devenues partie intégrante de la vie quotidienne du peuple japonais. On a d'ailleurs vu l'émergence de temples bouddhistes construits à l'intérieur des sanctuaires shinto, qui étaient les lieux de culte principaux du Japon.
Aujourd'hui, une grande partie de la jeune génération au Japon ne se considère pas comme membre d'une religion particulière. Pourtant, de nombreux événements et coutumes sont dérivés du shintoïsme et du bouddhisme. Beaucoup de mariages et de célébrations sont shintoïstes, tandis que les funérailles et les événements liés à la mort sont majoritairement d'origine bouddhiste.
Certains foyers japonais possèdent également deux autels : un autel bouddhiste pour les ancêtres et les statues de Bouddha, et un autel shintoïste pour les dieux qui protègent la maison. C'est pour cela que l'on parle de shinto-bouddhisme, et qu'il y a plus de « croyants » que d'habitants au Japon. On estime que les bouddhistes représentent environ 7 % de la population mondiale. Autant dire que le Japon est l'un des principaux foyers de cette croyance.

Le christianisme et les autres religions au Japon
Le shintoïsme et le bouddhisme représentent la majeure partie des croyants du pays. Reste à aborder la troisième religion la plus représentée, derrière ces deux mastodontes.
La religion chrétienne a été introduite au Japon au 16e siècle, précisément en 1549, pendant la période des États en guerre. Certains seigneurs féodaux japonais de la région de Kyushu ont alors été baptisés et convertis au christianisme en échange de terres et d'une protection.
Son développement s'est très vite ralenti, à la suite de l'interdiction de la pratique pendant plus de deux siècles. Lors de la période Edo, de 1603 à 1868, le christianisme était en effet interdit dans tout le pays.
On estime à environ 1,5 % à 2 % le nombre de croyants chrétiens au Japon. Une faible part du pays, qui représente toutefois la troisième religion nationale. Le reste des 7 % de la population japonaise est réparti entre plusieurs religions qui ne comptent chacune pas plus de 1 % des habitants.

Historiquement shintoïste, le Japon a su évoluer au fil de son histoire tout en conservant son identité religieuse de base. Le pays, shintoïste à 80 %, est également bouddhiste à hauteur de 70 %, ce qui fait qu'on comptabilise plus de croyants que d'habitants.
La religion est désormais souvent liée à un mode de vie plus qu'à une croyance. Un mode de vie qu'on pourrait qualifier de « japonais » : le respect de la nature et des autres, une philosophie de vie, et aussi un respect des ancêtres défunts. Beaucoup de valeurs communes se retrouvent au sein de ces deux religions qui ont façonné le Japon moderne.
Les religions restent importantes pour les Japonais, qui croient très souvent aux esprits protecteurs comme aux plus mauvais d'entre eux. Plus qu'en un seul dieu. Ces religions polythéistes sont encore très suivies par la jeune génération, qui ne se détache pas de ces us et coutumes.
FAQ
Quelle est la différence entre le shintoïsme et le bouddhisme ?
Le shintoïsme est né au Japon. Il honore les kami (神), les esprits de la nature et des ancêtres, dans des sanctuaires signalés par un torii. Le bouddhisme vient d'Inde via la Chine et la Corée, s'appuie sur l'enseignement du Bouddha et se pratique dans des temples. Le premier accompagne surtout les naissances et les mariages, le second les funérailles.
Quelle est la religion la plus pratiquée au Japon ?
Le shintoïsme, avec plus de 80 % de la population recensée comme pratiquante, devant le bouddhisme à plus de 70 %. Ces chiffres se chevauchent parce qu'une même personne peut fréquenter un sanctuaire et un temple. Beaucoup de Japonais déclarent par ailleurs n'avoir aucune religion tout en gardant ces rites.
Est-ce qu'il y a beaucoup de musulmans au Japon ?
Non, la communauté musulmane reste très réduite, estimée autour de 0,2 % de la population. Elle est en grande partie composée de résidents venus d'Indonésie, du Pakistan, de Turquie ou du Bangladesh. Les grandes villes comptent toutefois quelques mosquées, dont la mosquée de Tokyo à Yoyogi.
Qui sont les 7 dieux japonais ?
Ce sont les shichifukujin (七福神), les sept divinités du bonheur : Ebisu, Daikokuten, Bishamonten, Benzaiten, Fukurokuju, Jurojin et Hotei. Leurs origines sont mêlées, shinto, bouddhistes, taoïstes, ce qui illustre bien le syncrétisme japonais. On les représente souvent ensemble sur un bateau, le takarabune, au moment du Nouvel An.

