Une allée de pierres humides, l'odeur de l'encens qui flotte, et un toit courbé qui se découpe sur le ciel de Kyoto. Voilà la première image qui revient quand on parle de temple japonais.
Les temples sont les lieux de culte du bouddhisme au Japon. Ils se sont multipliés à partir du 7e siècle et le pays en compte aujourd'hui environ 77 000. On les reconnaît à leur nom, qui se termine par tera (寺), ji (寺) ou in (院). Les sanctuaires, eux, relèvent du shintoïsme et portent les suffixes jinja (神社), jingū (神宮) ou taisha (大社). Voici leur histoire, les secrets de leur architecture, les rituels qu'on y pratique et les six temples les plus visités de l'archipel.
L'essentiel
- Le temple est bouddhiste, le sanctuaire est shintoïste.
- Un nom en -ji, -tera ou -in désigne presque toujours un temple.
- Les temples japonais sont bâtis en bois assemblé sans clou, avec un toit courbé et très large.
- La visite commence par la purification à l'eau, puis l'offrande et l'inclinaison.
- Omikuji, ema et omamori sont les trois usages qui suivent la prière.
Histoire des temples japonais
Le tout premier temple du Japon est construit juste après l'arrivée du bouddhisme, importé depuis la Corée au 6e siècle. Il n'existe plus aujourd'hui. Cette pratique venue d'ailleurs s'installe vite sur le sol du pays du soleil levant. Les codes, les textes et les rituels sont déjà en place, car cette foi existe en Inde depuis l'an 500 avant Jésus-Christ. Pour aller plus loin sur cette tradition, consultez notre guide sur la religion zen.
Un siècle après son arrivée, le bouddhisme devient la religion majeure du peuple nippon, au 7e siècle. C'est précisément à ce moment que les temples se bâtissent par centaines. Leur rôle n'est pas seulement religieux. Ils deviennent un élément culturel central du développement du pays. Dans ces lieux de culte, l'enseignement s'ajoute à la prière. Les temples sont le seul moyen, pour la population qui n'est pas noble, d'accéder à la connaissance : calcul, écriture et lecture. Les fonctions des moines ne s'arrêtent pas là. Ils tiennent aussi les registres de décès, de naissances et de mariages. Cela constitue le tout premier état civil japonais.

Architecture du temple bouddhique
Aux débuts du bouddhisme au Japon, les constructeurs tentent de reproduire à l'identique les édifices religieux de la Chine et de la Corée. Rapidement, le climat très particulier du pays impose ses règles. Le temps pluvieux et humide oblige à courber le toit. Cette toiture occupe environ la moitié de la hauteur de la bâtisse. Ce sont les deux plus grandes spécificités des temples japonais, et le meilleur moyen de les distinguer de leurs modèles continentaux.
Contrairement à la Chine, qui emploie aussi la pierre, le Japon utilise presque exclusivement un bois de grande qualité. Il est assemblé grâce à une technique traditionnelle appelée kigumi (木組み), littéralement « assemblage de bois ». Elle ne nécessite ni clou, ni colle, ni vis. Elle offre pourtant la souplesse et la solidité qu'exige un pays soumis à de puissants tremblements de terre.
L'autre signature visuelle d'un temple, ce sont les lanternes suspendues sous les porches. Le chōchin (提灯), lanterne de papier montée sur une armature de bambou, éclaire les allées les soirs de fête. J'en garde une chez moi pour retrouver cette lumière douce au-dessus d'une entrée.

Différences entre les temples et les sanctuaires
Pour bien comprendre la distinction, retenez qu'il existe deux grandes religions au Japon : le bouddhisme et le shintoïsme.

Les traditions au sein du lieu de culte
Avant d'entrer dans le temple pour y prier, un rituel s'impose : la purification. Devant chaque lieu de culte se trouve un point d'eau, bassin de pierre ou fontaine. Les fidèles se versent de l'eau sur les mains à l'aide d'une louche. Le but est de se nettoyer avant d'approcher l'endroit sacré.
Une fois cela fait, le croyant accède au temple. Il dépose une offrande dans la boîte prévue, généralement des pièces. Il joint ensuite les mains en s'inclinant doucement, et répète ce geste en sortant du bâtiment. Ce n'est pas obligatoire, mais il n'est pas rare que les Japonais fassent brûler de l'encens. C'est une marque de respect envers les défunts.
Trois habitudes font suite à la prière :
- Les pratiquants peuvent s'offrir un omikuji (御御籤). Il s'agit d'un morceau de papier qui révèle une prédiction. Si elle n'est pas bonne, le fidèle l'attache sur un support dédié, dans l'enceinte du temple, pour faire tourner la chance de son côté.
- Il existe une petite plaque de bois nommée ema (絵馬). On y note un vœu, puis on l'accroche à l'endroit prévu à cet effet, pour qu'il soit lu et exaucé.
- L'omamori (お守り) est également très prisé. Son nom se traduit par « protéger » et on le surnomme le porte-bonheur japonais. C'est une amulette destinée à protéger celui qui la porte. Il en existe de nombreuses sortes, chacune avec sa fonction : les études, la santé, la sécurité routière.
Dans la même famille d'objets de vœu, le daruma (達磨) se vend souvent aux abords des temples. On lui noircit un œil en formulant un souhait, le second une fois le souhait réalisé.

- Le bouddhisme vient d'Inde et s'applique au Japon entre le 6e et le 7e siècle. Avant d'être une religion, c'est une philosophie et un art de vivre. Dans plusieurs écoles japonaises, Bouddha Amida est la figure principale vénérée.
- Le shintoïsme est l'une des traditions les plus anciennes du pays. « Shintō » (神道) se traduit par « la voie des dieux ». Ce courant considère que certains éléments de la nature et certains hommes possèdent une essence divine. Ces élus sont appelés kami (神), « divinité » en français. La tradition en dénombre huit millions. C'est donc une religion polythéiste. Retrouvez tout ce qu'il faut savoir sur le shintoïsme dans notre article dédié.
Chaque religion possède son lieu de culte. Les temples sont consacrés au bouddhisme, les sanctuaires au shintoïsme. Ces édifices se distinguent d'abord par leur architecture. Le moyen le plus simple de reconnaître un temple reste la statue de Bouddha et sa porte d'entrée, souvent imposante. Le sanctuaire, lui, s'annonce par un portail torii (鳥居), ces deux montants surmontés de traverses qui marquent l'entrée dans l'espace sacré.
Un sanctuaire est souvent bien plus petit. La plupart du temps, il ne compte pas plus de deux pièces. Le temple, lui, se déploie en plusieurs bâtiments et parfois plusieurs étages. Certains espaces sont réservés à la méditation et à l'enseignement.

Les 6 temples les plus populaires du Japon
Ces six lieux résument à eux seuls l'éventail de l'architecture bouddhique japonaise, du plus doré au plus dépouillé.
Le Senso-Ji
Le Sensō-ji (浅草寺) se trouve en plein cœur de Tokyo, dans le quartier d'Asakusa. C'est le temple le plus ancien de la capitale. Il est consacré à Kannon (観音), figure de la compassion.
Le Sanjusangen-Do
Si ce temple de Kyoto est incontournable, c'est parce qu'il abrite un total de 1001 statues divines alignées dans une très longue salle de bois. Les photos y sont strictement interdites. Ce n'est donc pas l'endroit préféré des amateurs de clichés, ce qui laisse au lieu tout son calme.
Le Kinkaku-Ji
« Kinkaku-ji » (金閣寺) se traduit par temple du Pavillon d'or. Ses étages supérieurs sont recouverts de feuilles d'or, reflétées dans l'étang qui l'entoure. Il figure au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Le Ginkaku-Ji
« Ginkaku-ji » (銀閣寺) se traduit par temple du Pavillon d'argent. Son commanditaire est le shogun Ashikaga Yoshimasa, petit-fils du bâtisseur du Pavillon d'or. Son objectif était de rivaliser avec son aïeul en recouvrant le bâtiment d'argent. Une guerre a interrompu les travaux et le projet n'a jamais abouti. Pour beaucoup, cet exemple illustre le wabi-sabi (侘寂), cette idée que la beauté naît de la simplicité et de l'imperfection. Nombreux sont ceux qui trouvent ce temple plus élégant que le Kinkaku-ji.
Le Daitoku-Ji
Il ne s'agit pas d'un seul temple. C'est un vaste complexe qui regroupe une vingtaine de sous-temples, célèbres pour leurs jardins secs et leur lien avec la cérémonie du thé.
Le Todai-Ji
Le Tōdai-ji (東大寺), à Nara, est une prouesse architecturale. Sa grande salle compte parmi les plus vastes constructions en bois du monde. Elle culmine à un peu plus de 48 mètres et abrite un Bouddha de bronze de près de 15 mètres.
FAQ
Comment s'appellent les temples japonais ?
Leur nom se termine par -ji , -tera (ou -dera ) ou -in , comme dans Sensō-ji, Kiyomizu-dera ou Byōdō-in. Le mot générique pour temple bouddhiste est otera (お寺). Un nom en -jinja , -jingū ou -taisha désigne au contraire un sanctuaire shinto.
Quel est le temple le plus connu au Japon ?
Le Kinkaku-ji de Kyoto est le plus photographié, avec son pavillon doré posé au bord de l'eau. Le Sensō-ji de Tokyo le talonne en nombre de visiteurs, car il se trouve au cœur de la ville. Les deux sont accessibles en transports en commun et se visitent toute l'année.
Quel est le nom d'un temple japonais de 3 lettres ?
Dans les grilles de mots croisés, la réponse attendue est le plus souvent « tera », ou sa forme courte « ji », le suffixe qui signifie temple. Certains jeux acceptent aussi « Nara », la ville des grands temples anciens.
Quel est le temple le plus sacré du Japon ?
Côté bouddhisme, le mont Kōya (Kōyasan, 高野山) fait référence : c'est le siège de l'école Shingon et un haut lieu de pèlerinage. Côté shintoïsme, le lieu le plus vénéré est le sanctuaire d'Ise, qui n'est pas un temple mais un jingū . La distinction entre les deux mots reste la clé pour ne pas se tromper.
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